QUARTIER LATIN 2ème partie : LA SORBONNE

Samedi 27 avril 2013, par Webmestre // ► QUARTIER LATIN (2)

AUTOUR DE LA SORBONNE :
LE CŒUR DE L’UNIVERSITÉ...
ET DE LA CONTESTATION


Pour cette seconde balade dans le Quartier Latin, nous partirons de :

la Place du Panthéon

Elle fut traditionnellement un lieu de rassemblement de la contestation et de luttes révolutionnaires.
Le 21 décembre 1830 une émeute s’y déclenche contre la légèreté des peines infligées aux ministres de Charles X.
En 1848, c’est là que se réunissent les "Réformistes" de la rive gauche. Au petit matin, le 22 février, se forme une manifestation d’étudiants réclamant le maintien des cours d’Edgar Quinet et de Jules Michelet supprimés par Guizot au Collège de France. Ils vont rejoindre la place de la Madeleine, renforçant les rangs de l’insurrection qui va éclater un peu plus tard dans la journée.
C’est sur cette place que sera distribuée la paye des Ateliers nationaux, en faisant le lieu de rassemblement des ouvriers parisiens.
Le 22 juin 1848, Pujol, Pardigon et 56 délégués de l’arrondissement entraînent les ouvriers de ces ateliers vers le Fbg St Antoine. C’est le début de l’insurrection de Juin. Les premières barricades se dressent dans la rue St Jacques.
Le 24, de violents combats se déroulent sur une barricade qui barre la rue d’Ulm, commandée par l’ouvrier ciseleur Raguinard.
L’assaut est donné au Panthéon dans lequel se sont réfugiés des Insurgés. Ses portes sont brisées à coups de canons.
En 1870, pendant le Siège de Paris, 12 bureaux d’enrôlement dans la Garde nationale sont installés sur la place.
Pendant la Semaine sanglante, tous ses défenseurs, environ 700 Fédérés, seront massacrés.
12 : Dans les locaux de l’École de Droit se tenaient, en 1790, les réunions d’un club révolutionnaire qui prit ce même nom pendant la Révolution de 1848.
S’y installa également le Club démocratique-socialiste du 5ème arrondissement à la fin du Second Empire, en 1870.
Il devient le "Club de la Révolution" pendant la Commune.

17 : Hôtel des Grands Hommes. En mai-juin 1919, André Breton y rédige, en collaboration avec Philippe Soupault, les "Champs magnétiques". Ils appliquent le principe de l’écriture automatique. Breton fait partir de cette expérience la naissance du mouvement Surréaliste. Il rencontre là Paul Éluard pour la 1ère fois et y reçoit Aragon, Benjamin Péret, Jean Paulhan...
C’est dans cet hôtel que se trouve la chambre de Belmondo dans le film de Godard "À bout de souffle", tourné en 1960.

21 : Mairie du 5ème arrondissement. 300 Fédérés y sont massacrés le 24 mai 1871.

Rue Clotaire

Place de l’Estrapade

Autrefois appelée carrefour de Braque, cette place fut sous Louis XIV, de 1680 à 1687, un lieu de supplices où les soldats déserteurs subissaient l’estrapade. Cela consistait à leur briser les articulations en les jetant du haut d’un mât attachés les mains dans le dos.
Cette placette fut, à partir de 1778, le siège du bureau central des Falots, qui louait aux promeneurs nocturnes des porteurs de lampes chargés de les éclairer dans leurs déplacements.

11 : Emplacement de la pension Levêque et Bailly où Charles Baudelaire fut placé, le 2 novembre 1839, par son beau-père le général Aupick, après qu’il ait été renvoyé du lycée Louis-le-Grand. Le jeune poète feignit d’y préparer l’école des Chartes.

Rue des Fossés St Jacques

22 : Emplacement de la demeure d’André-Marie Ampère, physicien qui étudia l’électromagnétisme et inventa le galvanomètre. Il a laissé son nom à l’unité d’intensité du courant électrique.
19 : Siège du journal "Les cahiers de la quinzaine", revue socialiste fondée par Charles Péguy en 1900.

12 : Lieu ou Alexandre Dumas père situe la demeure des Trois Mousquetaires : Athos, Porthos et Aramis (d’Artagnan ne les a pas encore rejoints), dans son roman écrit en 1844.

10 : Siège de la Fédération nationale de la Libre Pensée, animée au début du 20ème siècle par Ferdinand Buisson. Inscription en hommage à ce dernier qui fit adopter la loi de séparation de l’Église et de l’État le 9 décembre 1905.

9 : Demeure de Paul Verlaine, où il emménage avec Eugénie Krantz, dite Nini-Mouton, le 12 mars 1892.
1 : Siège de la Vieille Taupe, puis de la revue "Tankonala Santé", journal contestataire édité par le docteur Jean Carpentier, auteur du tract "Apprenons à faire l’amour" distribué à la porte des lycées en 1973, et co-auteur du livre portant ce même titre.

À l’angle de la rue St Jacques, on voit que les lettres "St" ont été grattées en 1793.

Rue Malebranche

C’est dans cette rue que se trouvait la demeure d’Urbain Le Verrier, astronome qui situa en 1846, par des calculs sur la déviation de la trajectoire d’Uranus, la position de la planète Neptune qui fut effectivement découverte un mois plus tard.

Rue St Jacques

Un peu plus bas dans la rue :
172 : Porte St Jacques de l’enceinte de Philippe Auguste (plaque). Construite en 1213.
Sept bourgeois pris au hasard parmi 28 y sont pendus en représailles d’une insurrection contre la dévaluation de 1306.
C’est par cette porte que rentrent dans Paris les troupes royales venues chasser les occupants anglais le 13 avril 1436.
Henri IV tente de la prendre d’assaut lors du premier siège de la ville, le 1er novembre 1589.

174 : Première papeterie de Jean Durand-Ruel père, où il expose des tableaux dès 1833. Son fils prendra la relève.
176 : Café Prosper Pelletier. Académie d’Absomphe (Absinthe) fréquentée par Verlaine et Rimbaud.

Remonter ensuite la rue St Jacques

200 : Demeure d’Hélène dans "Le Sang des autres" de Simone de Beauvoir, écrit en 1945.

163 bis : Auberge à l’enseigne du "Port du Salut", quartier général de François Villon, fréquentée plus tard par de nombreux poètes : Nerval, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud

167 : Numérotation en noir sur fond jaune, prescrite par le préfet Frochot sous le 1er Empire, en 1805.

175 : Succession de cours remarquables. Vieux puits dans la seconde.

187 : Cour remarquable. Imprimerie d’art réputée de Jean-Charles Rémond en 1880.
Demeure de Paul Verlaine où il invite Eugénie Krantz à le rejoindre en décembre 1893.

Rue Royer-Collard

À l’ex n° 14 se trouvait l’hôtel Royer-Collard ou Paul Verlaine organisait ses "mercredis littéraires" à partir de mars 1888.

2 : Boutique ancienne à l’enseigne de la Ferme de Villiers, décorée par Moulgin de beaux panneaux peints sur verre.
4 : Hôtel remarquable du XVIIIème siècle. Porte cochère, cour pavée.
5 : Puits traversant une carrière en sous-sol.
15 : Maison Thuillier, rue St Dominique d’Enfer, où Balzac centre le récit des "Petits bourgeois".

Impasse Royer-Collard

5 : Hôtel de la Paix où descend Sigmund Freud lors de son premier séjour à Paris, en 1885.

7 : Emplacement de la demeure d’Émile Zola en 1862, dans ce qui était alors le cul-de-sac St Dominique.

Rue Le Goff

10 : Hôtel du Brésil. Séjour de Sigmund Freud, venu à Paris pour suivre les cours de Charcot à la Salpêtrière, en 1885 et 1886.

1 : Maison d’enfance de Jean-Paul Sartre, au 6ème étage sur rue, à partir de 1920.

C’est dans cette rue qu’est construite la première barricade, au soir du 10 mai 1968.

Rue Soufflot

Le Forum de Lutèce recouvrait tout le bas de cette voie jusqu’à la rue St Jacques. Un temple dédié à Jupiter était situé à la hauteur du n° 24. Incendié lors de la répression des partisans d’Albinus par Septime Sévère, en 197 de notre ère, il fut fortifié pour lutter contre les invasions franques en 276. Ses vestiges furent visibles en surface jusqu’au moyen-âge.
La seule trace qu’aient épargnée les vandales modernes en truffant le sous-sol du quartier de parkings est un minuscule morceau du mur extérieur ouest, situé sous le bd St Michel. Ces nouveaux envahisseurs ont éradiqué par la même occasion dans ce secteur jusqu’à la dernière pierre de l’enceinte de Philippe Auguste.

En févier 1848, des combats eurent lieu rue Soufflot.
Le 23 juin à nouveau, une barricade dite du Panthéon fut dressée face à celui-ci. François Arago participait activement à la répression dirigée par le général Damesme.

Au bas de la rue se situait l’une des trois barricades défendant le Panthéon sous la Commune. De violents affrontements s’y déroulèrent le 24 mai 1871, auxquels participèrent Eugène Varlin et Maxime Lisbonne. 400 Fédérés furent fusillés là.
26 : Café "Capoulade", ancienne "taverne du Panthéon", fréquenté par les écrivains du Mercure de France.
André Gide y situe les banquets des Argonautes dans son roman "Les Faux monnayeurs" écrit en 1925.
24 : Demeure du physiologiste Alfred Vulpian, qui travaillait avec Charcot dans le service de neurologie dirigé par ce dernier.
À l’angle de la rue Victor Cousin se tenait le "Parlouer aux Bourgeois", une dépendance du couvent des Jacobins s’appuyant sur l’enceinte de Philipe Auguste, où se tenait sous Philippe le Bel le siège de l’administration de Paris, jusqu’alors situé sur la rive droite de la Seine, près du débouché du Pont au Change, place du Châtelet.

20 : Demeure de Jules Vallez, dit Jules Vallès, en 1885, juste avant sa mort.

14 : Emplacement de la maison mère du couvent des Jacobins, construite sous Philippe II Auguste en 1217. Albert le Grand et Thomas d’Aquin y enseignèrent. Il fut fermé en 1790.

11 : Demeure d’Émile Zola en 1861-1862.

6 : Demeure de Martin Nadaud, ouvrier maçon creusois qui constitua, en 1846, la Société des maçons avec Bouyer, Cohadon et 83 associés : une des plus grosses coopératives de maçons à l’époque. Il sera député en 1848.

Place du Panthéon

Nous tournons à gauche et passons devant l’École de Droit pour rejoindre la :

Rue Cujas

C’est une ancienne voie romaine. Elle s’est d’abord appelée rue Coupe-Gueule. François Villon y avait ses quartiers. Elle s’est ensuite nommée rue des Grès.
Un club révolutionnaire très radical, le Club populaire de la Sorbonne, s’y réunit pendant la révolution de 1848.
Elle fut le théâtre de violents combats pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871. Des Fédérés y furent massacrés.
4 : Emplacement du collège des Cholets, de 1292 à 1763.
5 : Emplacement de l’église St Étienne des Grès, déformation de St Étienne des "Grecs", fondée par St Denis.
11 : Local où Xavier Bichat, fondateur de l’histologie moderne, enseigna l’anatomie à partir de 1794.

16-18 : Emplacement du collège de Cluny fondé par l’abbé Antoine de Vergy en 1261. On peut voir, dans le salon de l’hôtel des 3 collèges, le quart de la margelle d’un puits profond de 22 m qui se trouvait dans la cour. Il atteint encore la nappe d’eau.
C’est dans un atelier situé dans les ruines de cet ancien collège que David peint son Sacre de Napoléon, de 1805 à 1807.

17 : Ancienne librairie Georges Pellias. Librairie socialiste fondée par Charles Péguy en 1898.

19 : Hôtel Boileau, ancien "Café de la Rive Gauche", premier siège du Cercle des Hydropathes, créé par Émile Goudeau et fréquenté par Alphonse Allais, François Coppée, Germain Nouveau, Jean Moréas, Charles Cros, Paul Arène, Léon Bloy, Georges Lorin dit Cabriol, Maurice Rollinat, Rives… vers 1878.

20 : À l’emplacement du Studio Cujas se tenait le restaurant "Aux dernières cartouches", qui devint le cabaret Gipsy où se produisirent entre autres Fréhel et Édith Piaf.

22 : Siège de la "Société des Amis du peuple", rue des Grès, dans le café Musain. Elle servit de modèle à Victor Hugo pour sa société des "Amis de l’ABC" dans Les Misérables. Société secrète qui fut peut-être à l’origine de l’apparition du drapeau rouge lors de l’enterrement du général Lamarque, à l’occasion duquel se déclencha l’insurrection du 5 juin 1832.

Bd St Michel

Il suit approximativement le trajet d’une ancienne voie romaine, la Via Inferior qui, par déformation, devint la rue d’Enfer. Ce fut par la suite la rue de la jusqu’à la rue Monsieur le Prince.
56 : Emplacement de la Porte Gibard, ou Gibart, ou Gilbert, ou d’Enfer, ou St Michel… de l’enceinte de Philippe Auguste, puis de Charles V, de 1213 à 1685.
C’est dans ces parages que se trouvait le premier atelier parisien de Gustave Courbet, 89 rue de la Harpe, à l’angle de la rue Monsieur le Prince. C’est l’époque où il se lie d’amitié avec Pierre-Joseph Proudhon, en 1842.
À peu près au même endroit, ex 90 rue de la Harpe, se trouvait, en 1848, l’imprimerie du journal "Le Salut public", créé par Jules Husson-Fleury, dit Champfleury, qui ne connut que deux numéros. Y participèrent Charles Toubin, Baudelaire et Courbet qui en dessina le frontispice.

Place de la Sorbonne aller-retour

C’est sur cette place que se trouvait la salle de l’Athénée, où les saint-simoniens tenaient des conférences en 1832.
C’est également dans cette salle, ou peut-être 21 rue du Vieux Colombier, que Gustave Courbet lut sa "Lettre ouverte à l’armée et aux artistes allemands", tentative de stopper la guerre, le 20 octobre 1870.
3 : Chambre de Louis Ménard, où se réunissaient Baudelaire et ses condisciples du lycée Louis-le-Grand en 1837.
Le café restaurant "L’écritoire" est une ancienne librairie, premier siège du Crapouillot et siège social de Lamartine.
Baudelaire y présenta ses "Fleurs du Mal" en 1857.

8 : Flicoteaux : restaurant à bon marché fréquenté par les étudiants des années 1830, dont parle Dumas dans les "Mohicans de Paris". Balzac y fait souper Lucien de Rubempré dans ses "Illusions perdues". Musset y emmène dîner les héros de son conte "Mademoiselle Mimi Pinson", écrit en 1845.
Il est remplacé par le café d’Harcourt, où se déroule un fameux dîner pour fêter le premier numéro de la revue "Le Centaure", le 18 mai 1896, avec Paul Valéry, Colette, Willy, Marcel Schwob, Debussy, Alfred Vallette, Rachilde

La Sorbonne

C’est ici que Robert de Sorbon créa en septembre 1257, pour des étudiants en théologie, le collège de Calvy.
On l’appela bientôt la "Petite Sorbonne". On en voit encore le plan sur le pavage de la cour d’Honneur. Ce fut là que s’établit la première imprimerie à Paris, créée par des typographes allemands : Jean Heynlein, Guillaume Fichet, Friburger, Gering, Krantz, Colmar. Le premier livre imprimé, en 1470, fut les "Lettres de Gasparin de Bergame".
Mais c’est là aussi que fut publié le premier "index" des livres prohibés, sous François 1er, le 19 août 1544.

C’est dans son amphithéâtre que fut ouverte, d’octobre 1794 à 1795, la première École Normale, dirigée par Joseph Lakanal et Alexandre Deleyre, avec comme enseignants : Lagrange, Berthollet, Daubenton, Haüy, Monge, Sicard, Thouin et Hallé.
En mars 1848, ce même grand amphithéâtre fut le siège du Club révolutionnaire du 2 Mars.
Quelques jours plus tard, Martin Nadaud y organisa une réunion des Creusois de Paris pour désigner leur candidat aux élections.
La première femme à y prendre la parole, en 1867, fut Marie Pape-Carpentier, fondatrice de la pédagogie moderne.
Louis et Auguste Lumière y organisèrent la 2ème projection, publique mais non payante, de leurs films, le 17 avril 1895.
Le 5 novembre 1906 s’y ouvrit le cours de Marie Sklodowska-Curie.
Le 3 mai 1968, dans la chapelle, a lieu un meeting de protestation contre la répression, avec Cohn-Bendit, Sauvageot, Bouguereau, Krivine… qui décide d’occuper la Sorbonne. Elle sera évacuée par la police le 6, et réoccupée le 13.

Bd St Michel suite

47 : C’est devant le café d’Harcourt, le 3 juillet 1893, lors d’une manifestation contre la condamnation d’une danseuse qui s’était exhibée nue lors du bal des Quat’z’Arts, qu’un certain Nuger, employé de commerce ne participant pas à la manifestation fut tué par la police, ce qui provoqua de sérieuses échauffourées.
C’est là que se tenait, pendant l’Occupation, la librairie allemande "Rive Gauche", appelée par dérision "Librairie Rive gauche du Rhin". Officine consacrée aux auteurs nazis ou collabos : Brasillach, Chack, Bardèche, Rebatet
Elle subit plusieurs attentats : un premier effectué par l’Organisation spéciale du PCF dirigée par Pierre Georges, dit Fabien, le 21 novembre 1941.
Un autre sera perpétré par Thomas Elek, membre des FTP-MOI dirigés par Missak Manouchian, le 15 octobre 1942.

42-44 : Collège d’Harcourt, devenu le lycée St Louis. Jean Racine y fit ses études en 1658 et Denis Diderot en 1728.

40 : Emplacement du café le Sherry Cobbler, lieu de réunion de nombreux poètes et écrivains, tels que Coppée, Mallarmé, Villiers de l’Isle-Adam, Bourget, Eugène Bataille, l’Illustre Sapeck… dans les années 1880.
38 : Emplacement approximatif, dans la rue de la Harpe effacée à cet endroit par le percement du bd St Michel, de la Bibliothèque du roi, installée dans une maison particulière appartenant au collège St Côme, de 1622 à 1666.
37 : Maison d’enfance de la future philosophe engagée Simone Weil, en 1913.

Le 23 mai 1871, sur une barricade barrant les rues Racine et de l’École de Médecine, se battaient une douzaine d’hommes, dont Eugène Varlin, Larochette, Maître et Aconin.
28 : Hôtel des Étrangers où se réunit le Cercle des poètes Zutiques, avec Charles Cros, Verlaine, Jean Richepin, Germain Nouveau… Il est question, en octobre 1871, de l’hébergement d’Arthur Rimbaud qui va leur jouer bien des tours.
27 : Café Vachette. Une des nombreuses étapes du calvaire éthylique de Verlaine, fréquenté par de nombreux écrivains : Huysmans, Mallarmé, Paul Bourget, Maurras, Catulle Mendès, Heredia, Barrès, Moréas, Francis Carco
25 : Café Soufflet, éventré par les Versaillais pour placer un canon contre la barricade du Collège de France, en 1871.
Dans ce même café se réunit, en 1873, un groupe d’intellectuels marxistes auquel participe Jules Guesde, qui publiera, 4 ans plus tard en novembre 1877, le journal "l’Égalité".
C’est ici également que se retrouvent les militants "Jeunes-Turcs" du CUP (Comité Union et Progrès) exilés à Paris, en 1889.

23 : Thermes du Nord, dits aujourd’hui thermes de Cluny, appelés parfois, à tort, palais ou thermes de Julien.
Un concile contre l’arianisme s’y tint en décembre 360. C’est la première fois, dans la lettre synodale, qu’apparaissait le nom de "Paris" : "civitas parisiensis".
Le palais des Thermes devient en 509 le palais des rois Francs, avant qu’ils ne s’installent dans celui de la Cité. Clovis 1er y habite avec Clotilde. Il deviendra ensuite le palais des Dames Blanches, c’est-à-dire les veuves des rois mérovingiens.
Vers 782 s’y établit une école fondée par Alcuin sur les directives de Charlemagne.
Les Thermes de Lutèce servent aussi de lieu de réunion à la compagnie des Nautes parisiens, la puissante corporation des bateliers qui détient le monopole de la navigation sur la Seine.

Sur ce fameux Boul’Mich se déroula le premier affrontement entre étudiants et soldats allemands, le 3 novembre 1940.
Il fut aussi un des principaux axes de la contestation en Mai 1968. Il vit se dresser des barricades dès le 6 Mai.
Des bagarres y éclatèrent à nouveau, suite à la dissolution de la Gauche Prolétarienne, le 27 mai 1970.

Rue Du Sommerard

Anciennement rue des Mathurins St Jacques.
24 : Hôtel de Cluny. Siège du club des Mathurins pendant la révolution de 1848.
Poste de la rue des Mathurins des Insurgés de Juin 1848. Ceux qui sont pris dans le quartier sont massacrés ici.
22 : Église des Mathurins, devenue l’atelier du peintre David, organisateur des fêtes révolutionnaires.

C’est dans cette rue des ci-devant Mathurins que se réunit le Club des Thermes de Julien pendant la Révolution.

Rue de Cluny

7 : Emplacement de l’église du couvent des Mathurins, datant de 1209.
Ce couvent fut le principal lieu de réunions de l’Université pendant plusieurs siècles. C’est là que se joua la rupture avec l’antipape Clément VII en février 1394.
La Section des Thermes de Julien, puis de Beaurepaire, Régénérée, et enfin de Chalier... s’y réunissait pendant la Révolution.
Il n’en reste encore visibles que les vestiges d’une de ses arcades.
C’est dans un "misérable hôtel" de la rue de Cluny que loge Lucien de Rubempré au début des "Illusions perdues".

Rue des Écoles

47 : École pratique des hautes études où Lénine tint 3 conférences sur la Question agraire en Russie, en 1902.
45 : Massacre de Communards pendant la Semaine sanglante sur le terrain où sera construite la nouvelle Sorbonne.
52 : Au carrefour avec la rue St Jacques, première manifestation étudiante contre l’occupant nazi, le 8 novembre 1940, en protestation contre l’arrestation, le 30 octobre, de Paul Langevin du fait de son militantisme anti-fasciste.
50 : Importante barricade, dite du Collège de France, munie de 2 mitrailleuses, pendant la Commune de 1871.

40 : Demeure de Claude Bernard, professeur de médecine au Collège de France. Il meurt ici le 10 février 1878.

Place Marcellin Berthelot

Ancienne place de Cambrai. François Arago y commande l’assaut de la barricade de la rue Neuve des Mathurins le 23 juin 1848. Il fait tirer au canon contre les Insurgés.
9 : Boutique du savetier Édouard Roullier, membre de la Commission du travail et de l’échange de la Commune.
11 : Collège des 3 langues (grec, latin, hébreu), puis des Lecteurs royaux, créé par Guillaume Budé sous François 1er, le 24 mars 1529. Il deviendra par la suite le Collège de France.
De 1580 à 1583, Filippo Bruno dit Giordano Bruno, précurseur du Matérialisme qui énonça une théorie de l’infinitude de l’Univers y eut une chère. Il fut brûlé vif à Rome, au bout de 8 années de procès, le 17 février 1600. L’inquisition avait auparavant pris soin de lui faire arracher la langue…
Ampère, Cuvier, Champollion, Magendie, Marcellin Berthelot, Claude Bernard, Frédéric Joliot… y enseignèrent.
Le cours de Jules Michelet est fermé le 12 mars 1851.
Le Club du Collège de France s’y réunit en 1870, à la fin du Second Empire et en 1871, pendant la Commune.
Une cour prévôtale y siège pendant la Semaine sanglante, le 23 mai 1871. Des centaines de Fédérés y seront jugés sommairement et massacrés.
C’est dans leur laboratoire du Collège de France que Frédéric et Irène Joliot-Curie découvrent le neutron et réalisent la fission du noyau d’uranium en 1934.
On a trouvé, sur l’emplacement du Collège de France, les vestiges d’un établissement thermal gallo-romain, construit sous Marc Aurèle vers l’an 170.

Rue St Jacques

46 : Emplacement de l’église St Benoît le Bétourné. C’est là que François de Montcorbier ou des Loges, dit Villon, recueilli par Guillaume de Villon, chapelain de St Benoît le Bétourné, est élevé de 1432 à 1450.
71 : Cour pavée remarquable. Bornes, escalier de fer forgé.
69 : Hôtel meublé dans une chambre duquel Amédée Pauwels, alias Étienne Rabardy, militant anarchiste belge, attire la police pour y faire exploser une bombe, le 20 février 1894. Il s’ensuivra de nombreuses arrestations.

67 : Cour typique de style Louis XV, porte cochère, escalier, mascarons… Ensemble architectural remarquable.

On reprend la rue Du Sommerard


12-16 : Commanderie des Templiers St Jean de Latran incluant sa propre prison, de 1158, détruite en 1854.
10 : Emplacement de la Tour Bichat, vestige de la commanderie des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem.
Le célèbre chirurgien y réalise des expériences et donne des cours d’anatomie en 1793.

9 : Demeure de Maxime Vuillaume, directeur du "Père Duchêne" pendant la Commune de 1871, tiré à 50 000 exemplaires.
Un poste de Fédérés s’y tint pendant la même période.

1 ou 2 : Demeure de Charles Longuet, époux de Jenny Marx (fille), membre de la Commune délégué à la Commission du Travail.

Rue Jean de Beauvais

3-11 : Collège de Dormans-Beauvais, de 1342. François Xavier y fut élève, puis professeur de philosophie, en 1533.
Cyrano de Bergerac (le vrai) y fit ses études de 1630 à 1635, ainsi que Boileau, les frères Claude et Charles Perrault et l’architecte Ledoux.
Ce fut le lieu de réunions du comité de section du Panthéon pendant la Révolution française.
9 bis : Chapelle du collège, aujourd’hui consacrée au culte orthodoxe, seule œuvre subsistante de l’architecte Raymond du Temple, construite en 1375.
C’est là que se déroula la dernière manifestation janséniste, lors du transfert de la dépouille de Coffin, le 10 janvier 1751.
Elle fut le siège du Club Ste Geneviève de 1790 à 1792, devenu club du Panthéon Français de 1793 à 1795.

11 : Emplacement de l’ancienne faculté de Droit. Pompe à eau dans une cour remarquable. Bornes d’origine.
17 : Imprimerie de Robert Estienne, en 1559. Il promettait une récompense à ceux qui découvriraient une coquille dans les ouvrages qu’il imprimait.

Rue des Carmes

1 bis : Musée d’histoire de la préfecture de police.
5 : Club de jazz du Lorientais dans le sous-sol de l’hôtel des Carmes, animé après guerre par Claude Luter et Boris Vian.

15-17 : Église St Ephrem. Chapelle du collège des Lombards, fondé en 1333. Siège du Comité ouvrier d’Albert de Mun, arrière petit-fils d’Helvétius, en 1872. Réservée aujourd’hui au culte syriaque. L’évangile est lu en arabe.

Bd St Germain

60 : Café le Maubert Mutualité. Lieu de réunions des militants algériens de l’Étoile Nord-africaine, le mouvement fondé par Messali Hadj en 1926.

54 : Cachette de Louis Rossel, chef d’état-major de la Commune qui démissionna le 10 mai 1871. Il fut fusillé par les versaillais après avoir refusé un compromis déshonorant que lui proposait Adolphe Thiers.

47 ter : Marché des Carmes. Jugement sommaire et massacre de Communards pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871. Le "tribunal" se tenait dans un café.

Retour place Maubert ; fin du parcours.


Tout commentaire ou complément ; toute précision, remarque, correction... à propos de ce parcours, seront évidemment les bienvenus.

Contact : parisrevolutionnaire@gmail.com

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