QUARTIER LATIN 1ère partie : LA MONTAGNE STE GENEVIÈVE

Samedi 27 avril 2013 // ► QUARTIER LATIN (2)

Vous trouverez ci-contre, sous fichier Word, l’itinéraire imprimable de cette balade

LA MONTAGNE STE GENEVIÈVE
COLLINE DU SAVOIR... ET DE LA CONTESTATION



Plan du Quartier Latin dit plan de la Grive ►

"Congénitale", cette contestation. C’est elle déjà qui va présider, en 1108, à l’établissement par Guillaume de Champeaux, puis Pierre Abélard, d’une université dissidente de celle du Cloître Notre-Dame sur les pentes de l’ancien Mons Lucotitius. Une éminence marquée par la présence romaine dont on voit encore les traces aujourd’hui. Des traces, pour certaines, bien cachées : celles du Forum de Lutèce par exemple.
De la "Maube", une des places les plus animées de Paris, foyer d’agitation depuis le moyen âge, soigneusement effacée par le baron Haussmann et son bd St Germain… à la place du Panthéon, point de départ de la révolution de Juin 1848, ce quartier fut de tous temps un des plus "bouillonnants" de la capitale.
Rien d’étonnant à cela : nous sommes dans un quartier étudiant, bien sûr, mais aussi tout proches du Faubourg St Marceau et de la vallée de la Bièvre, anciens secteurs ouvriers de la rive gauche.
Mais l’activité de ce "Quartier Latin" fut d’abord intellectuelle ; d’où son nom. Nous y retrouverons les traces méconnues d’anciens collèges : les Trente-trois, Ste Barbe, le collège de Fortet dont subsiste une tour médiévale, ceux de Dormans-Beauvais et des Irlandais avec leurs chapelles remarquables…
Il reste encore aujourd’hui un bastion de la connaissance, avec ses universités dont la vieille Sorbonne, le Collège de France, l’institut Curie, la bibliothèque Ste Geneviève, ses grandes écoles dont Normale Sup, et ses lycées réputés.
Lieu également de contestation religieuse. C’est là que germèrent les idées de Calvin. Mais là aussi que se reconstitua la "Sainte Ligue" et que furent brûlés vifs, sur la place Maubert, tant d’"hérétiques".
Nous découvrirons enfin ces vieilles cours tranquilles de la rue St Jacques, la via superior, l’une des plus anciennes artères de Paris : le cardo maximus de Lutèce.
Et puis comment ne pas évoquer notre jeunesse et ce beau mois de Mai qui souleva les pavés pour découvrir une plage de liberté !

Notre pérégrination partira de :

La Place Maubert

La place Maubert avant l’ouverture du boulevard St Germain ►
Son plan en 1640

Ce qui n’est plus aujourd’hui qu’un carrefour fut, depuis le Moyen âge, une des places les plus animées de Paris. Sous Louis IX, Albert le Grand y commenta la physique d’Aristote de 1240 à 1248 (le nom de la place pourrait venir d’une contraction de son surnom : Maître Albert). Du fait de l’affluence des étudiants, les cours s’y tenaient en plein air.

Albert LE GRAND ►

Pierre ABÉLARD ►

C’est là que se trouvait la Croix Hémon ; lieu de supplices où l’on exécutait, entre autres, les "huguenots".
Étienne Dolet y fut brûlé vif, le 5 août 1546, pour avoir nié l’immortalité de l’âme. Autour de sa statue, érigée sur cette place à l’emplacement même de son bûcher, se rassemblèrent au 19ème siècle des manifestations de Libres-penseurs dont une, le 3 Août 1896, réunit 20 000 personnes. Elle a été détruite par Pétain pour le compte des nazis pendant l’Occupation.

Étienne DOLET ►
sa statue détruite par les nazis

La place Maubert fut un bastion de la “Sainte Ligue”, dirigée par Henri de Guise. Des échauffourées s’y produisirent lors de la journée des Barricades, le 12 mai 1588.

La Journée des barricades ►

Elle était traditionnellement un lieu de rassemblement et d’ébullition populaire.
De violents combats s’y déroulèrent en Juillet 1830.
En Février 1848 également : le corps de garde qui s’y trouvait fut incendié.
En Juin 1848, un insurgé bon tireur tint à lui seul, pendant des heures, une barricade qui barrait la rue des Noyers.

Les combats de juin 1848 place Maubert ►
et l’incendie du corps de garde

À la fin du 19ème siècle s’y tenait le marché aux mégots où les clochards venaient vendre le tabac qu’ils avaient ramassé.

Rue de la Montagne Ste Geneviève


C’est l’ancienne voie romaine qui, passant par les actuelles rue Descartes et Mouffetard, menait vers Lyon et l’Italie.
À l’angle de la rue des Écoles, des Communards furent massacrés pendant la Semaine sanglante.
32 : Le bar du Tonneau d’Or fut, de 1953 à 1957, le siège de l’Internationale Lettriste, fondée à Aubervilliers en décembre 1952 et animée par Guy-Ernest Debord, Gil Joseph Wolman, Ivan Vladimirovitch Chtcheglov (dit Gilles Ivain), Jean-Louis Brau, Serge Berna... puis celui de l’Internationale Situationniste jusqu’en 1962.

Le bar du Tonneau ►
a changé d’activité

Guy DEBORD ►

Gil Joseph WOLMAN ►

34 : Hôtel d’Albiac qui abrita, de 1654 à 1797, le collège des Trente-Trois : séminaire créé par le père Bernard et réservé aux élèves indigents faisant des études ecclésiastiques. Une des plus belles cours du quartier !

Le collège des 33 ►
et sa superbe cour

En montant au 1er étage de la salle de sport par un escalier muni d’une rampe Louis XIII remarquable, on trouve une porte qui donne :

Son escalier donnant sur l’impasse des Bœufs ►

Impasse des Bœufs

Rue de Lanneau aller-retour


Ex rue St Hilaire ; une des plus vieilles de Paris, qui comptait en 1571 pas moins de 14 librairies.
1 bis : au fond de la boutique, on peut voir des vestiges de l’église St Hilaire du Mont. Il s’y déroula en 1513, à propos d’un tableau représentant le jardin d’Eden, une querelle sur le nombril d’Adam et Ève : fallait-il ou non leur en dessiner un ? Grande question métaphysique ! La dispute dégénéra en rixe, le sang coula ; la chapelle fut déclarée profanée et fermée.

Les vestiges de la chapelle St Hilaire ►

11 : Restaurant à l’enseigne du Coupe-Chou, ancienne échoppe d’un barbier dont certains clients ressortaient par la boutique contiguë dont la cave communiquait — celle d’un charcutier-traîteur réputé — sous forme de succulents pâtés. Rassurez vous ; cela se passait en 1335.
Dans ladite cave de lactuel restaurant subsistent des traces du puits Certain.

Le "Coupe Choux" et sa légende ►
revendiquée en fait par plusieurs établissements dans Paris

Impasse Chartière


1-11 : Emplacement du collège de Coqueret, créé en 1439, où se rencontrèrent les auteurs de la Pléiade : Ronsard, Du Bellay, Baïf, Dorat, Jodelle, de Tyard, Rémy Belleau. Ils présidèrent à la naissance du français classique.

Pierre de RONSARD ►

Joachim du BELLAY ►

Antoine de BAÏF

Jean DORAT

Étienne JODELLE

Pontus de TYARD

Rémy BELLEAU

Rue d’Écosse


Dans cette petite impasse se trouvaient trois collèges : de Reims, de Toul et de Coqueret donc, de 1333 à 1603.

La rue d’Écosse aujourd’hui ►

Rue Valette


C’est une rue très ancienne. D’abord appelée rue des Sept Voies, elle constituait l’épine dorsale du Quartier Latin au Moyen âge.
2 : C’est ici que se trouvait l’entrée de la chapelle St Hilaire, dépendant de l’abbaye de St Marcel où Abélard aurait repris son enseignement après avoir quitté, vers 1110, l’île de la Cité et le cloître Notre-Dame.
4 : Collège Ste Barbe. Plus ancien établissement d’instruction publique de Paris, créé en 1460 par Geoffroy Lenormand. Collège d’où sortirent les fondateurs de l’ordre des Jésuites : Ignace de Loyola et François Xavier. Jean Calvin y étudia également en 1527.

Le collège Ste Barbe hier... ►

... et aujourd’hui ►

8 : Collège des Aicels, puis de Montaigu, fondé en 1314, situé à l’emplacement de la Bibliothèque Ste Geneviève. Érasme et Rabelais y firent leurs études et en subirent la discipline particulièrement sévère. Désaffecté à la Révolution, il abrita de 1792 à 1800 le premier "Hôtel des Haricots", prison de la Garde nationale.
19-21 : Vestiges du collège de Fortet, où Jean Calvin aurait demeuré dans la tour qui existe toujours et porte son nom. C’est de là qu’il s’enfuit en 1532, d’abord à Angoulême puis à Ferrare, alors qu’on venait l’arrêter pour luthérianisme.

Le collège de Fortet ►

Le bâtiment possédait des caves gothiques où se réfugièrent des Huguenots pendant le massacre de la St Barthélemy, le 24 août 1572.
Mais ce lieu vit aussi, le 1er janvier 1585, la refondation de la "Très Sainte Ligue", interdite une première fois par Henri III, et reconstituée ici par 80 personnes dont le duc Henri de Guise, Jean Prévost, Jean Boucher et De Launay.

Rue Laplace


12 : Porte du collège des Grassins où fut élevé, en 1755, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, auteur d’un célèbre recueil de maximes. Il tint également la plume pour la rédaction des discours de Mirabeau, ce qui minimise un peu le talent du traître orateur.

L’entrée du collège des Grassins ►