LE MARAIS 3ème partie DE SAINT GERVAIS À SAINT PAUL

Dimanche 14 avril 2013 // ► MARAIS (3)

Pour cette balade, nous repartirons de notre point d’arrivée lors de la visite du quartier des Archives, 21 rue de Rivoli, à l’entrée de la partie Sud de la rue Cloche-Perce.

Rue Cloche-Perce

En fermant les yeux — et les oreilles à cause du bruit du trafic automobile — nous pouvons essayer d’imaginer le turbulent bachelier François Villon arpentant cette ruelle dont il ne reste aujourd’hui que deux moignons, pour se rendre chez la Grosse Margot. Oui, bien sûr, il faut beaucoup d’imagination, mais quelques vers du génial poète pourront peut-être nous venir en aide :

Quand viennent gens, je cours et happe un pot :
Au vin m’en voys, sans demener grand bruyt.
Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,
S’ils payent bien, je leur dy que bien stat :
« Retournez cy, quand vous serez en ruyt,
En ce bourdel où tenons nostre estat ! »

Rue François Miron à droite

11-13 : Maisons à colombages et à pignon du 14ème siècle, à l’enseigne du Faucheur et du Mouton.
14 : Emplacement de la porte Baudéer de l’enceinte du 11ème siècle ; sans doute une simple palissade en bois plantée sur une levée de terrebordée d’un fossé. On la désigna par la suite sous le nom des "Vieux murs".
Cette rue fut le théâtre de violents combats lors de la Journée des barricades, le 12 mai 1588, qui vit s’affronter les partisans d’Henri de Guise et ceux d’Henri III. Le roi dut s’enfuir de la capitale, laissant le champ libre aux ultras de la Ligue catholique.

Rue du Pont Louis-Philippe aller-retour

20 : Agence de renseignement créée par Eugène-François Vidocq en 1835. L’ex repris de justice, fondateur et directeur de la Sûreté, se reconvertissait en détective privé.
22 : Emplacement approximatif de la maison de Marie Touchet, maîtresse de Charles IX dont il eut un fils en 1572 et avec qui il vécut semi-clandestinement.

Rue François Miron à gauche

Rue des Barres

Elle fut le théâtre de violents combats le 28 juillet 1830, lors des Trois glorieuses, mais aussi en 1848 ; en février d’abord, mais surtout en juin. Le 24, les insurgés venus du faubourg St Antoine, dirigés par Théophile Guillard de Kersausie — le "premier stratège des barricades" selon Friedrich Engels — investirent le secteur et installèrent leur quartier général dans l’église avant de partir à l’assaut de l’Hôtel de Ville.
Ce fut également l’un des rares points de résistance à Paris contre le coup d’État de Badinguet Bonaparte le 2 décembre 1851.

13 : Nous pénétrons par son chevet dans l’église St Gervais - St Protais.
L’édifice actuel remplace un sanctuaire très ancien datant du 6ème siècle.
Une statue de la Vierge fut brisée ici par les huguenots le 11 juin 1528. On entrait dans une période de grande intolérance qui allait aboutir aux guerres de religion.
Cette église fut le siège de la Section de l’Hôtel de Ville à partir du 21 mai 1790, qui devint Section de la Maison Commune en 1792, puis de la Fidélité après Thermidor.
Elle fut consacrée Temple de la Jeunesse par décret du 2 prairial an III (21 mai 1795) et le resta jusqu’au 27 octobre 1798.

Pendant la Première guerre mondiale, le 29 mars 1918, un obus de la Grosse Bertha tombe sur la nef pendant la messe. Il fait 200 victimes dont 50 morts. Le poète Saint-Pol Roux réchappe de justesse. Dieu a sans doute eu ce jour-là une seconde d’inattention…

Ressortons de l’église par l’entrée principale

Place St Gervais

C’était autrefois le carrefour de l’Orme. Il tenait son nom, comme on peut s’en douter, d’un arbre séculaire qui trônait en son centre. On avait alors coutume de traiter sur cette place les questions privées de créances ; des rendes-vous auxquels beaucoup ne se présentaient pas. Il en resta une expression générique que l’on employait dans ce genre d’affaires : "Rendez-vous sous l’orme !". Les grilles des balcons alentour en gardent le souvenir.

Rue François Miron à droite

La surélévation du terrain qui la borde n’est pas tout-à-fait naturelle. Elle porta d’ailleurs le nom de "monceau" St Gervais. Elle est le résultat du dépôt à cet endroit de siècles de "gravois", c’est-à-dire des déchets produits par la ville ; déjà !...
2-4 : Demeure de la famille Couperin, célèbre dynastie d’organistes, de 1669 à 1698.
10 : Maison natale, en 1807, d’Alexandre Ledru-Rollin, avocat et homme politique républicain ; un des fondateurs et chefs de file de la Seconde République.
14 : Un beau puits subsiste dans la petite cour du fond.

Faisons le tour de la place Baudoyer

Elle se trouve sur l’emplacement d’un cimetière gallo-romain, puis d’une nécropole mérovingienne, qui deviendra le cimetière St Jean. Il jouxtera pendant longtemps un important marché du même nom.
Cette place fut le théâtre de violents combats le 24 février 1848.
Dès le 28, 3000 ouvriers du bâtiment s’y réunissent pour élire leurs délégués aux prud’hommes et les membres qui les représenteraient à la Commission du Luxembourg.
Mais à nouveau le 24 juin de la même année, le quartier s’enflamme. Or entre temps certains protagonistes sont passés de l’autre côté des barricades... Victor Hugo assiste aux combats en tant que délégué de l’Assemblée, déplorant qu’on soit obligé de tirer sur cette "populace" — sic — qui n’a pas compris qu’on ne voulait que son bien...
Il écrira dans "Choses vues", à propos de ces événements :
Juin 1848. Quelle situation ! J’aimais mieux la besogne telle qu’elle s’offrait au 24 février. Cela était terrible, mais beau, et pouvait s’achever vite et bien. Aujourd’hui, cela est hideux, pourri, et, qui sait ? peut-être incurable. Ah ! J’aime mieux avoir affaire à une fièvre cérébrale qu’à une gangrène. Oui, certes ! Alors le peuple était ardent, mais bon, généreux, plein d’amour respectueux pour toute noble chose, admirable. Aujourd’hui le peuple, ce même peuple, ces mêmes blouses, hélas ! est amer, mécontent, injuste, défiant, presque haineux. En quatre mois de fainéantise on a fait du brave ouvrier un flâneur hostile auquel la civilisation est suspecte. L’oisiveté nourrie de mauvaises lectures, voilà tout le secret du changement. Ces travailleurs sont dégoûtés du travail, ces Français sont dégoûtés de l’honneur, ces Parisiens sont dégoûtés de la gloire. Il y en a, oui, il y en a qui rêvent je ne sais quels tristes rêves de pillage, de massacre et d’incendie. De ces hommes dont Napoléon faisait des héros, nos pamphlétaires font des sauvages ! Il me vient des sanglots du fond du cœur par moments. Et la France, où en est-elle ? Où en est Paris ? Où en est l’intelligence, la pensée, l’art, l’industrie, la science, la famille, la propriété, la richesse publique, la discipline de l’armée, la grandeur du pays ? Où en est tout ce que nous avons fait, voulu, essayé, construit, bâti, fondé depuis soixante ans ? Ruines en haut, abîmes en bas. Nous sommes entre un plafond qui s’écroule sur notre tête et un plancher qui s’effondre sous nos pieds.

2 : Mairie du 4ème arrondissement.
Dans sa grande salle, une réunion pré-électorale est organisée le 24 mars 1871 autour de la candidature d’Arthur Arnould et d’Adolphe Clémence. Elle réaffirme les revendications d’autonomie administrative de Paris.
Le 21 mai de la même année — les versaillais sont rentrés dans Paris au Point du Jour le matin-même —, y est constituée la "Chambres syndicale et fédérale des Travailleuses".
Le bâtiment est incendié par les Fédérés le 25 mai pour tenter de retarder l’avance inexorable et meurtrière des troupes de Versailles.

Revenons sur nos pas par la rue François Miron

1 : Nous longeons le mur de la caserne Lobau, de sinistre mémoire. C’est en effet dans sa cour que furent fusillés, au chassepot et à la mitrailleuse, pendant plusieurs jours, par fournées de dix à vingt, plusieurs centaines, sans doute plusieurs milliers, de combattants de la Commune. Ils étaient amenés en groupes du théâtre du Châtelet transformé en cour prévôtale, après un jugement expéditif. Il suffisait de porter une paire de godillots, ou d’un bleu à l’épaule, ou même d’une simple ressemblance avec un membre de la Commune, pour être envoyé à la mitraille. Même pas de peloton ; on les abattait à la volée dès leur entrée dans la cour et on canardait ceux qui avaient survécu à la première salve. Si un lieu doit symboliser la barbarie versaillaise, et justifier le titre de boucher en chef attribué à Adolphe Thiers, c’est bien celui-ci…

Rue de Brosse

6 : Demeure de Bui-công-Trung, délégué du mouvement "Jeune Annam" en Europe en 1926.
C’est dans cette rue, dite alors de Longpont, que Voltaire vint habiter à son retour d’exil en Angleterre, en 1733.

Rue de l’Hôtel de Ville

82 : Siège de l’association des Compagnons du Tour de France depuis 1946.

Rue des Barres

2-10 : Emplacement de l’Hôtel des Barres, demeure de Louis de Boisredon, capitaine au service d’Isabeau de Bavière qui, étant accusé en 1417 d’avoir "gardé le corps" de la reine d’un peu trop près, fut jeté en un sac en Seine, avec cette inscription : "Laissez passer la justice du roi".
C’est dans ce même Hôtel qu’Augustin Robespierre, frère cadet de Maximilien, blessé en se jetant d’une fenêtre de l’Hôtel de Ville lors du coup d’État du 9 Thermidor, fut interrogé par le Comité civil de la Section de la Maison Commune le 28 juillet 1794, avant d’être conduit avec son frère à l’échafaud.
12 : Hôtel de Maubuisson, belle maison à colombages du 16ème siècle, à l’angle de laquelle une fleur de lys en pierre a été grattée à la Révolution.

Rue du Grenier sur l’Eau

Allée des Justes

Rue Geoffroy l’Asnier à droite

Danton séjourna dans cette rue, à l’auberge du Cheval Vert, lors de son premier séjour à Paris en 1789.
Les soldats de ligne y fraternisèrent avec les gardes nationaux le 24 février 1848.
17 : Ce fut le siège du syndicat des ouvriers casquettiers, fondé le 20 juillet 1896, dont les réunions avaient la particularité de se tenir en yiddish.

Rue de l’Hôtel de Ville à droite aller-retour puis à gauche

56 : C’est à cet emplacement, situé alors rue de la Mortellerie, que les Templiers établirent leur première commanderie à Paris, sous Louis IX, dit St Louis, vers 1250. Ils déménagèrent plus tard là où se trouve aujourd’hui le jardin qui porte nom de leur ordre — le Temple —, comme la rue qui y mène.
38 : Rue de la Mortellerie toujours, se trouvait ici au moyen-âge le Siège de la corporation des Maçons.
Au milieu du 19ème siècle, une maison y était encore occupée par des travailleurs du bâtiment ; dont Martin Nadaud, ouvrier autodidacte qui allait devenir député républicain socialiste de la Creuse — département dont beaucoup de ses compagnons étaient originaires comme lui — dans la Chambre issue de la révolution de 1848.

Rue des Nonnains d’Hyères

5 : Ancienne maison à l’enseigne du "Gagne petit", dont on a heureusement conservé l’enseigne de 1767 représentant un rémouleur en costume d’époque Louis XV.
Cette rue avait été, le 22 mai 1750, le théâtre d’une révolte contre la Compagnie des Indes occidentales, accusée d’enlèvement d’adolescents en vue de leur déportation pour le peuplement de la Louisiane et des Antilles.
Une importante barricade, commandée par le chapelier Hibruit, y fut érigée par les Insurgés le 24 Juin 1848.

Rue de Jouy

5 : Demeure de Fortuné Henry — alias Esther Rigny, alias Henry de Bèze — maroquinier, poète et fouriériste, membre de la Commune en 1871, de son retour d’exil en Espagne en 1880, à sa mort en 1882.
7 : Hôtel d’Aumont, dont la cour recèle un puits converti en fontaine.
Ici aussi de violents combats eurent lieu le 24 juin 1848, sur une barricade commandée par l’ex Montagnard Edouard Touchard.

Rue François Miron à droite

De violents combats s’y déroulèrent lors de la "Journée des barricades" qui opposa, le 12 mai 1588, les partisans d’Henri de Guise aux troupes d’Henri III, obligeant ce dernier à fuir la capitale.
41-43 : Emplacement de l’hospice du Petit St Antoine, tenu par les Hospitaliers de St Augustin à partir de 1095, destiné aux victimes du mal des ardents provoqué — ce que l’on ignorait alors, lui attribuant du coup une cause mystérieuse — par l’ergot, une maladie du seigle. Il donnait également, comme nous l’avons vu lors d’une précédente promenade, dans la rue du Roi de Sicile.
44-46 : Maison d’Ourscamp, siège aujourd’hui de l’Association du Paris Historique. Elle recèle, dans un beau cellier du 13ème siècle, le cylindre tronqué d’un ancien puits.
64 : Demeure de Jacques-René Hébert, en l’honneur de qui la rue prit un temps le nom de rue "St Antoine Hébert". Il vivait au 3ème étage en compagnie de Françoise Goupil, une religieuse défroquée avec laquelle il s’était marié le 7 février 1792. Fondateur du fameux "Père Duchesne", il était un des porte-parole du parti des "Exagérés". Il fut guillotiné le 24 mars 1794 ; sa femme un peu plus tard.
68 : Hôtel de Beauvais, dans lequel séjourna Mozart, alors âgé de 7 ans, lors de son premier séjour à Paris en novembre 1763.

Rue du Prévôt

Elle s’appela d’abord rue Percée, comme en atteste la plaque gravée à son déboucher sur la rue St Antoine ; une des premières à Paris, apparues en 1728.

Rue du Figuier

Elle aussi fut le théâtre de nombreux affrontements.
1 : L’Hôtel de Sens en garde la trace, sous forme d’un boulet de canon resté incrusté dans le mur de la tourelle à gauche de la petite porte, depuis le 28 juillet 1830.
En juin 1848, de violents combats s’y déroulèrent sur une barricade qui la barrait à cet endroit.

Rue du Fauconnier à gauche

Rue Charlemagne à droite

18 : Passage Charlemagne qui communiquerait avec la rue St Antoine si une grille n’en fermait la partie médiane.
11 : Pan de mur de la tour Montgomery, seul élément subsistant de la poterne St Paul — appelée aussi "Porte brûlée" — de l’enceinte de Philippe Auguste.
10-16 : Lycée Charlemagne dont un des élèves les plus connus, vers 1816, se nommait Honoré Balzac. Son père s’appelait Balssa ; il ne prit la particule que plus tard ; histoire de faire plus chic…
Là encore une barricade fut dressée le 24 juin 1848.

Rue des Jardins St Paul à droite

Elle est bordée sur toute sa longueur par le plus important vestige de l’enceinte de Philippe Auguste, construite vers 1190. Elle délimita, après l’élargissement de Paris à l’enceinte de Charles V, les jardins de la résidence royale, d’où son nom.
24 : Demeure de T. Gauthier, vannier — rien à voir avec Théophile, dont le nom s’écrit d’ailleurs différemment, et qui cracha sa bile contre les Communards —, signataire du programme électoral de l’Association Internationale des Travailleurs publié le 23 janvier pour le scrutin de mai, intitulé : "Aux électeurs de 1869". Les dirigeants de l’A.I.T. étaient alors en prison sous un Second Empire qui, en bout de course, se voulait pourtant soi-disant "libéral".
8 : Emplacement de la demeure de François Rabelais. Une plaque un peu "décalée" est apposée au n° 2. C’est ici que mourut le père de Pantagruel, le 9 avril 1553.

6 : Emplacement supposé de la demeure de Jean-Baptiste Poquelin, qui venait tout juste de prendre le pseudonyme de Molière, en 1645, à l’époque où l’Illustre théâtre était installé quai des Célestins dans le jeu de paume de la Croix Noire. La jeune troupe allait bientôt faire faillite et devoir partir pour une longue, très longue, "tournée" en province.

Rue de l’Avé Maria à gauche

15-20 : Emplacement de la poterne des Barrés, ou de l’Ave Maria — dite aussi des Béguines — de l’enceinte de Philippe Auguste.
15 : Emplacement du jeu de paume de la Croix Noire, dont l’entrée donnait sur le port St Paul, quai des Ormes. Ce fut la seconde salle de l’Illustre Théâtre, après celle des Mestayers où il avait été fondé. Il s’y installa le 1er décembre 1644. Il y subit un échec qui le mena à la faillite, et Molière en prison pour dettes.

Rue St Paul à gauche

5 : Salon tenu par Sade chez le marquis de Lignerac. Les orgies organisées par le "divin" marquis vers 1780 firent alors grand bruit dans Paris.
9 : Demeure d’A. Lucie, fabricant d’encres, membre de l’Association Internationale des Travailleurs, signataire du programme électoral de l’A.I.T. : "Aux électeurs de 1869".
22 : Demeure de