GRENELLE, JAVEL ; QUAND LE 15ème ÉTAIT OUVRIER... ET RÉSISTANT

Dimanche 16 décembre 2012, par Webmestre // ► GRENELLE - JAVEL

Notre parcours commencera cette fois place Léon-Paul Fargue, à la station de métro Duroc.

Le quartier d’où nous partons n’a jamais été, quant-à lui, très prolétarien. Les seules "usines" qu’il ait jamais accueillies sont ce qu’on appelait ironiquement des "fabriques à curés" ; séminaires et autres couvents. Les chauffeurs de taxi surnommaient d’ailleurs le secteur le "petit Vatican", c’est tout dire !...
Pour rencontrer des travailleurs, en tout cas le souvenir de leur activité, il va falloir s’enfoncer plus au sud dans ce 15ème arrondissement, là où de vastes terrains en friche attirèrent, dès la fin du 19ème siècle, les établissements d’une grande industrie naissante, celle des transports : le chemin de fer, l’automobile et l’aviation.

Place Léon-Paul Fargue

C’est à la sortie du métro Duroc, puis à la terrasse du café François Coppée, qu’Albert Ouzoulias alias Marc, et Pierre Georges dit alors Frédo, qui deviendra bientôt le "colonel Fabien, se rencontrent pour la première fois par l’intermédiaire d’André Leroy, le 2 août 1941.
Et c’est dans ce même café que se tiennent les réunions de la direction des Bataillons de la Jeunesse représentée, outre Albert Ouzoulias, par Eugène Hénaff, Arthur Dallidet et Danielle Casanova. Ces deux derniers seront assassinés par les nazis.

Rue de Sévres

149-151 : Le pensionnat de l’Enfant Jésus qui se trouvait sur l’emplacement de l’hôpital Necker, accueillit exclusivement, de 1724 à 1790, des jeunes filles pouvant prouver 200 ans de noblesse. On se demande bien pourquoi l’Église connut quelques problèmes durant la Révolution !...
En 1777, la femme du contrôleur général des finances, dont le renvoi par Louis XVI allait déclencher quelques années plus tard la tempête révolutionnaire, fonda en ce même lieu l’hospice St Sulpice. Il allait devenir hôpital de l’Ouest en 1792, puis hôpital des Enfants malades, avant de prendre le nom de sa fondatrice, Mme Necker.
C’est ici que fut pratiquée la première greffe de rein en France, le 25 décembre 1952 ; ceci en un lieu qui fut voué à l’enfant Jésus, lui-même le fruit d’une autre grande première médicale : la conception sans fécondation... Étonnant, non !?... mon cher Desproges.

Rue Lecourbe

43 : Demeure de Barthélemy Cirode, ouvrier modeleur et sculpteur, condamné dans le 3ème procès de l’Association Internationale des Travailleurs le 8 juillet 1870, délégué du Comité républicain du 15ème arrondissement, réfugié à Londres après la Commune.
61 : Emplacement de la salle Ragache où se tinrent trois réunions politiques publiques à la fin du Second Empire.
86 : Lieu de réunions clandestines des Forces françaises de l’intérieur, les FFI, dirigées alors pour le département de la Seine par Pierre Lefaucheux, alias Gildas. Un coup de filet réalisé ici le 3 juin 1944 par le SD de la rue des Saussaies décapitait l’organisation. C’est le colonel Rol-Tanguy, chef des FTP, qui allait prendre la relève jusqu’à la Libération de la capitale
91 : Siège de la manécanterie des Petits chanteurs à la croix de bois, créée par l’abbé Maillet en 1910.
91 : St Séraphin de Sarov ; église orthodoxe datant de 1933, construite autour d’un arbre.

Rue Mademoiselle

10 : Siège du Comité démocratique socialiste de la 7ème circonscription après le 4 septembre 1870. Il était dirigé par Louis-Denis Chalain, Germain Cirode, Amédée Combault, Camille Langevin ; tous des internationaux.

Rue de l’Amiral Roussin à gauche

63 -65 : Logements ouvriers comportant des locaux collectifs, précurseurs des HBM, puis des HLM, construits en 1907.

Rue de Viroflay

Rue Péclet à droite

Rue Léon Lhermitte

11 : Lycée Camille Sée où enseigna Simone de Beauvoir en 1940 et 1941.
C’est dans cette rue que se trouvait l’usine à gaz de Vaugirard où furent gonflés et d’où partirent certains ballons postaux pendant le siège de Paris en 1870-1871.

Rue Gustave Larroumet

Rue Mademoiselle à gauche aller-retour

78 : La porte style Art Nouveau de cet immeuble, au décor animalier représentant reptiles, chats et chiens, a été réalisée par le céramiste Alexandre Bigot, un maître du genre.

Rue de la Croix Nivert à gauche aller-retour

85 : Emplacement du théâtre de Grenelle, implanté cependant sur la commune de Vaugirard, ce qui représenta une pomme de discorde entre ce qui n’était encore, en 1828, que deux villages hors les murs de la capitale.

Rue Lakanal

8 : Vitrine style Art nouveau remarquable d’un atelier d’artisan datant du 19ème siècle.

Rue du Commerce à droite

78 : Admirons également l’enseigne surprenante de cette "Boucherie du Commerce" annonçant une "boucherie de premier ordre".

Rue Gramme

12 : Demeure d’Alcide Morel, où se tint le 21 septembre 1941 la réunion de fondation de "Valmy", un mouvement de Résistance créé par Paulin Bertrand, Jules Ballaz, André Vellay et Raymond Burgard. Ils éditaient un journal du même nom dont les mots d’ordres étaient repris par la BBC.
17 : Demeure du poète et militant anarchiste Benjamin Péret.

Rue de la Croix Nivert à gauche

Rue du Théâtre

150 : Demeure de Jules Eidelman, transformée en fabrique artisanale de faux papiers pendant l’Occupation. Eidelman fut fusillé comme otage à Caen le 14 mai 1942 après avoir été arrêté en distribuant en vélo des tracts à la volée.
129 : Planque de Louis Duriez, membre du groupe FTP du colonel Fabien, arrêté le 29 février 1942. Il mourra en déportation à Mauthausen le 16 mai 1944.
115 : Puits mitoyen maçonné dans le fond de la cour.

Rue du Commerce à droite aller-retour

51 : Le café du Commerce est un ancien bouillon Chartier, "Aux Mille Couverts", fréquenté dans les années 1920 par les ouvriers de l’automobile.
49 : Puits en applique dans la cour.

Reprendre la rue du Théâtre

Rue Tournus

C’est dans cette rue que se trouvait la librairie de Michel Bernstein, membre du groupe "Défense de la France", un des plus grands faussaires de la Résistance. Son atelier produisit plus de 12 500 fausses pièces d’identité entre 1940 et 1944.

Av Émile Zola à droite

Rue du Commerce à gauche

Rue Letellier à droite

39 : Une belle margelle de puits ovale maçonnée se trouve au milieu de cette cour.
45 -47 : Et on peut admirer ici un beau cadran solaire.

Rue de l’Avre

Bd de Grenelle à gauche

142 : Emplacement de la salle Chaput, appartenant au café-concert de l’Étoile, où se tinrent à l’initiative principalement des Internationalistes 29 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire.

Av de la Motte-Picquet

67 : Emplacement de la barrière de La Motte Picquet, un poste d’octroi qui ne fut ouvert qu’en 1840 dans le mur des Fermiers généraux et qui ne fonctionna donc que 20 ans puisque ce dernier fut démoli en 1860, laissant sa fonction de douane parisienne à la nouvelle enceinte dite de Thiers ; les "Fortifs".
Dans l’avenue de La Motte-Picquet habitait, à une adresse que nous n’avons pu retrouver, François Louis Parisel, élu membre du Conseil de la Commune en 1871, nommé aux Subsistances, puis à la Délégation scientifique.

Rue de Pondichéry

3 : Imprimerie l’Émancipatrice ; coopérative communiste où travaillèrent jusqu’à 22 ouvriers imprimeurs en 1901. Elle édita entre autres les ouvrages de Maxime Vuillaume.

Rue Dupleix à gauche

Rue Violet

1 : Ici se trouvait le déboucher d’un des nombreux souterrains creusés par les contrebandiers sous le mur des Fermiers généraux afin d’échapper aux taxes de l’octroi.

Rue Fondary à droite aller-retour

17 : Imprimerie "la Néogravure" où travaillait Maurice Petit qui multiplia les activités de Résistance. Il organisa entre autres, dès septembre 1940, un atelier de fabrication de faux papiers auquel participèrent Fernand Lyaute, Marcel Champeil, Renée Schneider et Albert Dubois. Maurice Petit fut arrêté mais survécut à la déportation.

Continuer la rue Violet

49 : Cachette du capitaine Dumais, alias Desbiens, parachuté en France en 1943 pour organiser la récupération et l’évacuation des pilotes alliés abattus.
61 : Maison datant de l’époque du lotissement du Beau-Grenelle, en 1824, construites par le promoteur Léonard Violet.
69 : Ancienne mairie de Grenelle, de 1842 à 1859.

Rue Edmond Roger

5 : Une plaque commémore ici la création, en février 1942, du réseau de renseignements "Marc-France". Il connut 18 arrestations en mars 1943.

Rue des Entrepreneurs à gauche

8 : Service technique des câbles téléphoniques à longue distance ; nom de code "Source K", à partir duquel Robert Keller, un ingénieur, piratait des lignes de transmissions nazies : Luftwaffe, Wehrmacht, Gestapo, d’avril à décembre 1942.
C’est dans la rue des Entrepreneurs que naquit l’industrie aéronautique française.

Place Étienne Pernet

23 : L’église St Jean-Baptiste de Grenelle, de 1828, recèle les débris de l’autel dit "du roi Soleil", offert par Louis XV à Notre-Dame de Paris selon le vœu de Louis XIV ; autel détruit par Viollet-le-Duc au moment de la restauration de la cathédrale vers 1850.
24 : Immeuble typique du style dit "Nouille", une variante de l’Art nouveau, construit en 1905 sur les plans de l’architecte Alfred Wagon.

Av Félix Faure

Rue de l’Église

60 : Demeure de Camille Langevin, tourneur sur métaux, condamné dans le 3ème procès de l’Association Internationale des Travailleurs le 8 juillet 1870. Il sera élu membre de la Commune l’année suivante.

Traverser le jardin public

Rue des Entrepreneurs à gauche

Rue de Lourmel à gauche

77 : Chapelle orthodoxe où furent cachés des juifs lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Marie Skobtsova, une religieuse orthodoxe et le pope Dimitri Klépinine, avaient créé un réseau d’assistance et de fourniture de faux papiers pour les juifs persécutés pendant l’Occupation. Deux religieux de cette communauté furent déportés.
Maurice Thorez, sa femme Aurore et leur premier fils demeurèrent dans cette rue en 1930 à une adresse qui nous reste inconnue.

Rue de Javel à droite

90 : Une salle qui se trouvait ici accueillit 4 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire.

Rue Lacordaire

Rue de la Convention à gauche

72 : Emplacement de l’hôpital Boucicaut, du nom de sa fondatrice, Marguerite Boucicaut, qui avait créé avec son mari le magasin du Bon-Marché, et qui le finança par lègue de sa fortune. C’était un hôpital d’avant-garde, ouvert en 1897, où Raymond Vilain créa le service SOS-main. Il disparut en 2000, remplacé par l’hôpital Georges Pompidou.

Av Félix Faure à gauche

40 : Entrée remarquable d’un immeuble conçu par l’architecte Richard en 1907, ornée d’une sculpture d’Audiger évoquant le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine.
38 : Plaque de numérotation remarquable, ornée d’une fouine ou d’un furet.

Rue de Javel à droite

Rue Henri Bocquillon

Rue de la Convention à droite

117 : Le 7 décembre 1941, des combattants des Bataillons de la Jeunesse et de l’Organisation Spéciale attaquèrent ici un local réquisitionné par la Wehrmacht servant de mess pour les sous-officiers.

Av Félix Faure à gauche

72 : Dans la salle du patronage laïque, Marceau Pivert, de retour d’URSS, réunit la 15ème section du Parti Socialiste le 15 novembre 1956 pour envisager une tentative de recomposition de la Gauche.
113 : Imprimerie clandestine et artisanale du journal "Libération Nord", publié en 1942 par Jean Cavaillès assisté de Christian Pineau, Jean Ogliastro, Auguste Bostsarron et Madeleine Durantin.

Square Jean Cocteau

Rue Jongkind

Rue St Charles à gauche

208 : Emplacement de la cité des Mousquetaires, siège de la corporation très réglementée des Chiffonniers.
216 : Le 8 janvier 1914, l’aviateur Eugène Gilbert pose son avion en panne sur le toit de cet immeuble de la rue St Charles. Ouf !... en français ou en verlan.
232 : Bistro d’André, ayant appartenu à André Citroën, transformé en musée.
239 : Laboratoire clandestin de fabrication d’explosifs de la MOI au 3ème étage, dirigé par Samuel Weissberg, alias Gilbert, responsable du 2ème détachement et artificier. Grièvement blessé par une explosion accidentelle, Weissberg parvint malgré tout à s’enfuir le 3 décembre 1942.
Des ossements de rhinocéros furent découverts rue St Charles en 1866.

Rue Leblanc à droite

Rue du Professeur Florian Delbarre

Place du Moulin de Javel

Le "Moulin de Javelle", situé au bord de Seine entre les actuelles rues Cauchy et Leblanc, avait été transformé en guinguette. Il était un lieu privilégié de promenades champêtres et d’amusement pour des générations de parisiens.
Le secteur cependant s’industrialisa assez tôt. N’a-t-il pas donné son nom à l’hypochlorite de potasse découvert par le chimiste Claude-Louis Berthollet et fabriqué à partir de 1784 dans une manufacture située dans ces parages qui lui donnèrent son nom : l’eau de Javel.

Port de Javel

Parc André Citroën

Des usines bâties sur cet emplacement pour André Citroën, d’abord destinées à la construction d’obus pendant la boucherie mondiale de 14-18, puis reconverties, sortit en 1919 la première automobile fabriquée en série, la Torpédo 10 CV type A.
Missak Manouchian s’y fit embaucher comme tourneur en novembre 1927.
Jean-Pierre Timbaud y mèna une campagne électorale musclée contre Marceau Pivert pour le compte du PCF en 1932.
Le bombardement du 15ème arrondissement par les nazis, le 3 juin 1940, dans le but de détruire ces usines redevenues d’armement, fit 254 morts dont 20 enfants.
Totalement reconstruit après guerre, "Citroën" restera ici jusqu’en 1972, cédant ce site d’exploitation ouvrière à la spéculation foncière et immobilière. Mais son fondateur ruiné avait alors été depuis longtemps "mis à la porte" par un autre grand suceur de plus-value : le groupe Michelin.

Sortir côté rue Balard

Rue Gutenberg

69 : Une pompe à eau subsiste sur la gauche dans cette cour, ainsi qu’un puits malheureusement sans margelle simplement recouvert d’un tampon en fonte, dans lequel l’eau est encore visible. Une rareté à Paris.

Rue de la Convention à gauche

28 : Le journal "Défense de la France", fondé par Robert Salmon, fut diffusé à la sortie de la messe devant l’église St Christophe de Javel et dans le quartier Convention le 14 juillet 1943.
25 -37 : L’imprimerie nationale fut transformée en hôpital militaire pendant la guerre de 14-18.
Elle était évidemment placée sous direction allemande durant l’Occupation, mais Prilot, Gatti, Blanchot son directeur, Arnoult, Maurice Van Kemmel et Armand Prudhomme purent récupérer des collections typographiques et des timbres pour l’impression de faux papiers.
13 : La concession automobile d’Albert Hervé ayant été elle aussi placée sous tutelle par les nazis, son propriétaire en fit du coup une centrale de renseignement pour la Résistance.

Quai André Citroën

41 : La gare de Javel a été construite dans un style japonisant par l’architecte Just Lisch pour l’exposition de 1889. Elle dessert aujourd’hui une ligne du RER.

Av Émile Zola

2 : Pierre Manuel, alias Doyen, agent de liaison de Michel Pichard, responsable du BOA — le bureau des opérations aériennes — fut arrêté à la station de métro Javel le 20 mars 1944. Pichard avec qui il avait rendez-vous, étant arrivé en retard, échappa au coup de filet.

Place Alphonse Humbert

Rue de Javel

47 : Ancien lavoir transformé en bains douches, vestige d’un 15ème arrondissement peuplé de prolétaires.

Rue St Charles à gauche

Av Émile Zola à droite aller-retour

Continuer la rue St Charles

Rue du Théâtre à droite aller-retour

48 : Emplacement de l’usine Mors, qui fabriquait des signaux pour les chemins de fer. C’est là qu’André Citroën fit ses débuts comme ingénieur en 1901 et qu’il développa l’engrenage à chevrons qui reste encore aujourd’hui l’emblème de la marque.

Continuer la rue St Charles

Rue Sextius Michel

Rue du Docteur Finlay à gauche

Rue Nélaton

Emplacement de l’usine Derosne et Cail, spécialisée dans la production de bateaux et de locomotives. Pendant le siège de la capitale en 1870, elle fut reconvertie en fabrique de canons d’un nouveau modèle, se chargeant par la culasse.
Ses ouvriers constituaient l’essentiel du 82ème bataillon de la Garde nationale, commandé par Georges Cavalier, dit Pipe-en-bois. Il s’illustra particulièrement dans la défense de Paris.

Rue Nocard

Quai de Grenelle

Bd de Grenelle

1 : Emplacement de la barrière de la Cunette du mur des Fermiers généraux, de 1786 à 1860.
3 : Brasserie le "Relais du Métro", au décor 1900 remarquable.

8 : Emplacement du Vélodrome d’Hiver, le Vel’ d’Hiv’, construit en 1910.
Il s’y tint le 7 juin 1936 un meeting où Léon Blum vint arbitrer les accords de Matignon.
Et le 7 octobre de l’année suivante eut lieu dans ce stade le dernier rassemblement organisé par le PCF en soutien à l’Espagne républicaine en train de tomber sous les coups des fascistes de Franco. Y participaient André Marty, Maurice Thorez, Dolorès Ibárruri, dite la Pasionaria et José Diaz.
Le 2 septembre 1938, c’est l’union des syndicats ouvriers de la région parisienne qui protestait contre l’aménagement de la semaine de 40 heures.
Le 19 novembre eut lieu une réunion en l’honneur des volontaires des Brigades Internationales ayant combattu en Espagne.
Pendant l’Occupation, le Vel’ d’Hiv’ sera le théâtre des grandes manifestations antibolcheviques et pronazies organisées par Abel Bonnard, Jacques Doriot ou Marcel Déat.
Et surtout, il constituera le principal point de rassemblement des 12 884 juifs raflés par la police française sous les ordres de René Bousquet et Amédée Bussière, préfet de police aux ordres de Vichy, pour le compte des allemands, les 16 et 17 juillet 1942.
Après guerre, les meetings politiques reprirent ici, comme celui qu’organisa le PCF dès le 4 novembre 1944 contre le désarmement des milices constituées par la Résistance. Mais le 30 du même mois, le parti de Thorez en tenait un second, déjà beaucoup plus mou sur la question.
Un grand rassemblement fut appelé par le même PCF en hommage à Staline à l’occasion de la mort du "petit père des peuples", le 10 mars 1953.
Pierre Poujade organisa le 20 février 1955 la première grande réunion de son Union de défense des commerçants et artisans, l’UDCA. Il a laissé dans le langage courant le terme "poujadisme" qui désigne un mouvement populiste et réactionnaire défendant des intérêts étroitement corporatistes.
Aucune plaque ne commémore le souvenir de deux autres rafles qui eurent lieu dans Paris. La première rassembla ici 2000 militants Algériens arrêtés après l’attaque par le FLN d’un dépôt et d’un garage de la préfecture, le 28 août 1958. Et la seconde sous le gouvernement de Charles de Gaulle, le 17 octobre 1961, qui "parqua" en ce lieu des milliers de militants et sympathisants du même FLN qui manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu qu’on leur imposait et dont 2 à 300 furent massacrés par une police placée sous la direction d’un certain Maurice Papon.
Le Vel’ d’Hiv’ fut démoli en 1959.

56 : Des ouvriers de Citroën menacés de licenciement suite à une liquidation judiciaire, organisés en Comité d’unité d’action du 15ème, se réunissaient au café "À l’Autobus", le 2 janvier 1935, pour revendiquer la mise sous séquestre de Citroën sous contrôle ouvrier. Nous étions à la veille du Front populaire.
61 : Emplacement de la barrière de Grenelle, ou barrière des Ministres du mur des Fermiers généraux.
C’est ici qu’avaient lieu les exécutions militaires sous le Directoire, le Consulat, le Premier empire et la Restauration ; comme quoi les régimes réactionnaires se suivent et se ressemblent !...
Celle de 31 membres de la Conjuration des Égaux accusés d’avoir attaqué le camp de Grenelle, le 10 octobre 1796 ; dont le général Lay, Claude Javogues, Marc-Antoine Huguet et Joseph-Marie Cusset.
Celle du général Malet et de ses complices Lahorie et Guidal, le 29 octobre 1812, après leur tentative de putsch contre le dictateur Buonaparte.
Celle du général La Bédoyère enfin, rendu responsable du retour du même Buonaparte après les Cent jours, exécuté le 19 août 1815.
Le maréchal Ney, quant-à lui, le fut pour les mêmes raisons, mais à la barrière d’Enfer.

Rue Viala aller-retour

Elle porte le nom de Joseph Agricol Viala, jeune héros des armées de la République tué par les royalistes au bac de Bonpas sur la Durance le 6 juillet 1793.

Rue Humblot

9 : Siège des mouvements de jeunesse du PCF après la Seconde guerre mondiale : l’UJRF (Union de la Jeunesse Républicaine de France), qui deviendra l’UJCF, et l’UJFF (Union des Jeunes Filles de France). C’était aussi celui du journal des Jeunesses communistes : "l’Avant-Garde".

Rue Daniel Stern à droite

Place Dupleix

Un ancien lieu patibulaire où se trouvait le gibet des abbés de Ste Geneviève à une époque où l’on mélangeait quelque peu le spirituel et le temporel.
Le château de Grenelle avait été transformé par Chaptal en poudrerie en 1792. Une gigantesque explosion de 150 000 kilos de poudre s’y produisit le 31 août 1794, faisant plus de 100 victimes.
C’est ici que se trouvait le "camp de Grenelle" dont les membres de la Conjuration pour l’Égalité, dite "Conjuration des Égaux", tentèrent de soulever la garnison le 9 septembre 1796. Ils avaient été intoxiqués par un agent du Directoire infiltré dans leurs rangs nommé Grisel. Sur place, un certain Méhée jouait le rôle de provocateur. Ce fut une débandade dans laquelle eurent lieu 132 arrestations. 31 conjurés furent exécutés dont le leutenant-général François Lay, Claude Javogues, Antoine Huguet et Joseph Cusset, d’anciens Montagnards. Jean-Baptiste Drouet, le héros de Varennes qui participait à cette tentative de coup d’État progressiste, parvint à s’enfuir. Gracchus Babeuf quant-à lui, la cheville ouvrière de cette première tentative d’instauration d’une société "communiste", avait déjà été arrêté. Il devait être guillotiné quelques mois plus tard.

14 -18 : La caserne Dupleix fut le théâtre du massacre de nombreux Fédérés faits prisonniers le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante.

Rue Edgar Faure

Allée Marguerite Yourcenar

Rue Desaix à droite

14 : La cave de cet immeuble recèle un puits toujours en eau.
26 : L’Imprimerie nationale, qui publie entre autres le Journal Officiel, est installée ici depuis 1903.

Rue de la Fédération à droite

Av de Suffren à droite

74 : Site de l’installation de la Grande roue pour l’Exposition universelle de 1900. Elle comportait 40 voitures de 1ère et 2éme classe et même une voiture restaurant.

Rue Dupleix

5 : Planque du colonel Rétoré, responsable du réseau "Alliance" en zone Nord, travaillant au printemps 1942 pour l’Intelligence Service britannique. Il passera ensuite à l’Organisation civile et militaire, puis trahira.

Rue Alasseur

10 : Demeure de Mme Julien, qui hébergeait des fugitifs et des aviateurs abattus en attente de leur évacuation. Elle était en relation avec Marie-Claire Chamming’s qui travaillait pour une filière d’évasion. Elle fut arrêtée à l’automne 1943.

Av de Champaubert

Av Paul Déroulède

Rue de la Cavalerie

Rue de l’abbé Roger Derry

Rue du Laos à droite

16 : Demeure de Vincent Auriol, ministre des Finances appartenant à la SFIO, futur premier président de la Quatrième République. Il fut l’objet d’un projet d’enlèvement par la Cagoule alors qu’il habitait ici en 1936.

Place Cambronne

Emplacement de la barrière de l’École militaire du mur des Fermiers généraux.

Rue Cambronne

18 : Emplacement de la Maison des syndiqués où se tint, du 15 au 17 août 1913, un congrès réunissant la Fédération communiste-anarchiste dirigée par Louis Lecoin et plusieurs publications : "Temps nouveaux", "le Libertaire" et le "Réveil anarchiste ouvrier" ainsi qu’un "Cinéma du Peuple"
Il en sortit la "Fédération communiste révolutionnaire anarchiste" et la décision de créer le "Cinéma du peuple", une société coopérative qui sera effectivement fondée le 28 octobre 1913, animée entre autres par Sébastien Faure, Jean Grave et Pierre Martin.
C’est ici également que se réunissaient les militants Algériens de "l’Étoile Nord-africaine", futur "Parti du Peuple Algérien", nombreux chez Citroën.

Rue Miollis

33 : Groupe scolaire remarquable construit au début du 20ème siècle en briques polychromes et décoré de mosaïques.

Bd Garibaldi à droite

57 : Emplacement de la barrière des Paillassons, au carrefour de l’avenue de Suffren. Un nom original pour une porte de ville, dû à la présence d’une manufacture qui les fabriquait.

Traverser l’avenue de Suffren

Rue Valentin Haüy aller-retour

16 : Demeure en 1900 d’Henry Gauthier-Villars, dit Willy, époux de Colette, qui signa les premiers romans de l’écrivaine.

Rue Bellart

Rue César Franck

11bis : Immeuble remarquable en pierres de taille et briques, dessiné par les architectes Noël et Gaston Martin et orné par le sculpteur Paul Le Begue.
10 : Demeure de l’économiste Jean Fourastié, auteur de l’expression "les Trente glorieuses", de 1942 à 1978.
8 : Demeure de Maurice et Madeleine Paz. Lui était l’avocat de Léon Trotsky. Ils hébergèrent Victor Serge en 1937.

Place de Breteuil


Le puits artésien de Grenelle se trouvait à l’emplacement de la statue de Pasteur. Il avait été foré sous la direction de l’ingénieur Georges Mulot. Il jaillit le 27 février 1841. Il avait une profondeur de 547 mètres et sa tour en mesurait 42. Elle était destinée à amener l’eau à la pression du réservoir du Panthéon.

Rue Duroc

Bd des Invalides à droite

52 : Salon qu’Étienne de Beaumont tenait dans l’Hôtel Masseran en 1923. Fréquenté par Jean Cocteau et Lucien Daudet, il servit de modèle à Raymond Radiguet pour "Le Bal du comte d’Orgel".
59 -67 : Emplacement du couvent des Oiseaux, qui fut transformé en prison en 1794. Les dernières religieuses, qui y tenaient une pension pour jeunes filles, en furent expulsées le 26 juillet 1907.
61 : Un local des Frères des écoles chrétiennes avait été transformé en ambulance de la presse pendant le siège de Paris en 1870. Dix enfants y furent tués dans leur dortoir par un obus prussien le 13 janvier 1871.
98 : Le cours Simon, un des plus prestigieux cours de formation de comédiens professionnels, se tint ici de 1925 à 1980. Il déménagea ensuite rue La Vacquerie.

Retour place Léon-Paul Fargue

Fin de notre parcours.

Outre la base de données "Paris révolutionnaire",
principales sources :

Alain RUSTENHOLZ, Paris Ouvrier des Sublimes aux Camarades & Paris des avant-gardes, Parigramme 2003-04 [http://www.alain-rustenholz.net/]
Anne THORAVAL, Des Résistants à Paris, SPE-Barthélemy, 2001 & Les lieux de la Résistance à Paris, Parigramme, 2007