DE LA BIÈVRE À LA BUTTE AUX CAILLES : UN VILLAGE TRANQUILLE… QUI SUT RÉSISTER

Lundi 17 septembre 2012, par Webmestre // ► BUTTE AUX CAILLES

Vous trouverez ci-contre, en fichier Word, un itinéraire imprimable de cette balade avec plan

Place d’Italie et Butte aux Cailles ►
Première vue aérienne en ballon, 1855

Nous partirons de la place d’Italie

Celle-ci fut aménagée à l’emplacement de la barrière d’Italie, appelée aussi barrière Mouffetard, des Gobelins ou de Fontainebleau… de l’enceinte des Fermiers généraux ; ce mur murant Paris, qui rendit Paris murmurant.
Et plus même que murmurant, puisque ces barrières sont les premiers édifices auxquels s’attaqua le peuple, le 12 juillet 1789, deux jours avant la prise de la Bastille. D’une certaine façon, leur destruction était plus symbolique que celle de la forteresse du faubourg St Antoine, dont les parisiens ne s’emparèrent que pour se procurer des munitions ; alors que les bâtiments d’octroi matérialisaient la pression fiscale exercée par une monarchie décadente qui ruinait le pays et pressurait la population.

Barrière de Fontainebleau ►
Incendiée le 12 Juillet 1789

Barrière de Fontainebleau dite aussi des Gobelins ►
de l’enceinte des Fermiers généraux

L’octroi est supprimé par l’Assemblée Constituante le 1er mai 1791. Mais bien sûr le dictateur Bonaparte s’empresse de le rétablir le 20 février 1804, avant-même de s’autocouronner empereur.
Entre temps, les pavillons ont été reconstruits. L’un d’eux deviendra en 1860 la mairie du nouveau 13ème arrondissement.

Pavillons de Ledoux des Fermiers généraux ►
Première mairie du 13ème arrondissement

De violents combats ont lieu ici le 25 juin 1848. Le général Bréa est pris en otage. Il sera exécuté avenue d’Italie. On a beaucoup débattu sur les circonstances de sa mort ; mais qui parle de celle des 15 000 Insurgés abattus, dont beaucoup assassinés froidement après les combats ?...

Médaille commémorative des combats de Juin 1848 ►
Arrestation du général Bréa

Le 31 octobre 1870, la mairie est investie par les soldats du 101ème bataillon de la garde nationale, ayant à leur tête Jules Passedouet, Léo Meilliet, Jean-Baptiste Sérizier et Léonard, à l’annonce des tractations entre Thiers et Bismarck. Le drapeau rouge est alors hissé sur l’ancien bâtiment d’octroi.

Jules Passedouet

Le 19 mars 1871, le général Chanzy arrêté à la gare d’Orléans est menacé une première fois ici d’être exécuté. Il est sauvé par Léo Meilliet qui l’emmène à son propre domicile pour le mettre à l’abri.

Général Chanzy ►
Son arrestation à la gare d’Orléans, aujourd’hui gare d’Austerlitz

Pendant la Commune, la place est transformée en parc à canons.
Le 17 avril, elle est rebaptisée "place Émile Duval", en l’honneur de l’ouvrier fondeur, membre et général de la Commune, abattu froidement le 4 avril au Petit Clamart, lors de la désastreuse sortie sur Versailles qu’il avait désapprouvée.
Nombre de Fédérés prisonniers furent fusillés sur cette place pendant la Semaine sanglante, dont une centaine rien que sur la barricade de la rue Godefroy.

Il y avait dans ces parages, jusque vers 1680, un lieu dit "la Fosse aux larrons" où l’on enterrait vivantes les femmes condamnées à mort, puisque la "morale" empêchait de les pendre. Mme de Sévigné décrivit ce supplice.

Avenue de Choisy

190 : Emplacement de la salle de l’Alcazar d’Italie.
Trente réunions politiques publiques s’y déroulent à la fin du Second Empire.
Début 1871, une réunion de 157 délégués de la garde nationale, présidée par Zéphirin Camélinat, élabore un communiqué à la presse prônant la "[résistance à outrance" contre les prussiens.

Zéphirin Camélinat ►

Le 22 juin 1902 Lénine, de passage à Paris à l’époque où il vivait à Londres, y organise une conférence à l’occasion de laquelle il rencontre Charles Rappoport pour la première fois.

Lénine ►

Charles Rappoport ►

La même année, c’est au tour de Léon Trotsky de faire, à l’initiative du groupe parisien de l’Iskra, une intervention sur le matérialisme historique.
Et le 25 février 1903, ils en font une conjointement sur le programme agraire de l’Iskra.
En 1911, Lénine qui habite alors Paris, assiste ici à la célébration du 1er mai russe qui réunit 300 réfugiés politiques.
Le 13 juin 1912 enfin, ce même Vladimir Ilitch Oulianov participe dans cette salle au bilan de la grève des 500 ouvriers des mines d’or de la Léna, dont la répression a fait 107 morts et 80 blessés.

Léon Trotsky ►

Avenue d’Italie

5 : Le 4 mars 1871, Émile Duval se porte sur les remparts, en ramène 26 canons qu’il positionne devant la mairie, et installe ici son poste de commandement. L’insurrection est donc déclenchée dans le 13ème arrondissement deux semaines avant les événements de Montmartre qui vont entraîner la proclamation de la Commune.

Émile Duval, dessiné par Maxime Lisbonne

13 : Par la suite, l’état-major du 9ème secteur de la garde nationale Fédérée s’installera à cette adresse.
27 : Emplacement de la salle de la Fraternité, un simple hangar dans lequel se tiennent 21 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire ; certaines réunissant jusqu’à 2000 personnes.
Le 20 mars 1869, il s’y élabore un projet de Société coopérative d’enseignement.
38 : C’est ici que se trouvait la prison de secteur du 13ème arrondissement où furent abattues le 25 mai 1871, dans la confusion des combats tout proches, 14 personnes, dont 5 dominicains, d’un établissement d’enseignement d’Arcueil, accusées d’espionnage en faveur de Versailles.
48 : La mission ouvrière St Paul, antenne de la revue "Économie et Humanisme", animée par les jésuites Henri Perrin, Joseph Robert et le père Lebret, rédacteur de la revue, était installée ici. En septembre 1946, elle publia un manifeste des chrétiens contre la bombe A. Elle organisait entre autres la "messe des campeurs".

Rue Vandrezanne

La tradition veut que Pilâtre de Rozier et le Marquis d’Arlandes, après leur voyage aérien en ballon libre à bord de la première Montgolfière, aient atterri dans ces parages le 21 novembre 1783, entre le moulin des Merveilles — approximativement situé à hauteur du n° 41 de cette rue — et le moulin Vieux — sans doute à l’emplacement actuel du centre commercial Italie 2 Galaxie. Une prouesse sans véritables lendemains sur le plan pratique et technologique, mais qui vola la vedette à l’expérience beaucoup plus prometteuse de Jacques Charles et des frères Robert, qui s’élevèrent dans les airs à bord d’un ballon gonflé à l’hydrogène 10 jours plus tard aux Tuileries. Pilâtre de Rozier et d’Arlandes quant-à eux, étaient partis du parc du château de la Muette. Ils avaient volé une vingtaine de minutes et étaient montés à un millier de mètres d’altitude. Un saut de puce pour l’homme, la réalisation d’un vieux rêve pour l’Humanité !... pour parodier une formule célèbre quoique beaucoup plus tardive.
Le 21 août 1944, de violents combats se déroulèrent ici entre des Résistants embusqués sur les toits de la rue Vandrezanne à l’angle de l’avenue d’Italie, et des chars allemands.

Jean-François Pilâtre de Rozier ►

François-Laurent d’Arlandes

Passage Vandrezanne

Ce sympathique passage a conservé ses réverbères d’origine. Ils dateraient de 1877. Ne le dites surtout pas aux promoteurs immobiliers !

Passage Vandrezanne ►

Rue du Moulinet à gauche

25 : Siège du "Mouvement populaire des familles", passé de l’Action catholique au mouvement ouvrier ; une des organisations fondatrices du Parti Socialiste Unifié : le PSU.

Avenue d’Italie à droite

71 : Demeure de Léo Meilliet. Il abrita ici le général Chanzy, accompagné d’Edmond Turquet député de l’Aisne, pour le soustraire à la foule qui voulait l’exécuter le 19 mars 1871. Des gardes nationaux vinrent ici le reprendre pour l’emmener à la chapelle St Marcel voisine et le fusiller. Meilliet le sauva alors une seconde fois en mettant sa propre vie en jeu. Cela ne l’empêchera pas d’être condamné à mort après la Commune. Mais Turquet le sauvera à son tour en l’aidant à s’enfuir en Belgique.

Léo Meilliet

Edmond Turquet

72 : Emplacement du bal de la Belle Moissonneuse, transformé en corps de garde des Insurgés, où fut exécuté le général Bréa, pris en otage à la barrière d’Italie le 25 juin 1848.
76 : Emplacement de la chapelle St Marcel de la Maison Blanche, appelée communément par certains "chapelle Bréa" en souvenir expiatoire du général susnommé. C’est ici que Chanzy, arrêté à la gare d’Orléans à son arrivée à Paris, faillit être fusillé, si ce n’avait été une nouvelle intervention de Léo Meilliet comme nous l’avons vu.
Cette chapelle devint la "salle de Juin" pendant la Commune. Il fut alors question de la raser, contre l’avis d’Arthur Arnould et de Jean Baptiste Clément, en tant que symbole de la répression de l’insurrection de Juin 1848. Meilliet proposa un décret dans ce sens qui fut adopté par la Commune le 27 avril 1871 mais ne fut jamais appliqué.

Arthur Arnould ►

77 : Siège de l’université populaire "la Solidarité" en 1900.
92 : Demeure de Jean-Baptiste Sérizier, commandant du 101ème bataillon de la garde nationale, condamné à mort et fusillé pour l’exécution des dominicains d’Arcueil.

Jean-Baptiste Sérizier ►

103 : Auberge de la Maison Blanche, décrite par Jean-Jacques Rousseau dans "Les rêveries d’un promeneur solitaire". Elle donna son nom au quartier qui se construisit alentour.
Elle fut le siège du club de la Réforme, à l’ex n° 65 de l’avenue d’Italie. Son président était un certain Mourot. C’était un club modéré, fondé en mars pendant la Révolution de 1848.
116 : État-major des FTPF de la région de Paris à la veille de la Libération. C’est d’ici que fut lancé l’ordre du jour de l’insurrection parisienne le 17 août 1944.

État-major des FTPF, plaque

163-190 : Cafés de la Porte d’Italie ou Léon Trotsky, assigné à résidence à Barbizon, venait rencontrer clandestinement les dirigeants français de la Ligue Communiste, fin 1933.
Des bagarres avaient eu lieu le 18 août 1927 avenue d’Italie, sur le chantier du métro en construction.
Pendant la Libération, en août 1944, le colonel Fabien y eut plusieurs PCs de commandement. Il en changeait tous les jours par mesure de sécurité.
C’est par cette avenue que la colonne Dronne, avant-garde de la 9ème compagnie de la 2ème DB de Leclerc, "la Nueve", composée essentiellement de républicains Espagnols, entra dans Paris le 24 août 1944. Leurs blindés s’appelaient Teruel, Guadalajara et Madrid. Elle dut obliquer par la rue de la Vistule, la voie étant bloquée par des arbres abattus pour faire barrage aux véhicules allemands.

Le capitaine Raymond Dronne ►
et le half-track Guadalajara devant l’Hôtel de Ville

Médaillon sur le trajet de la colonne Dronne de la 2ème DB ►
Les combattants Espagnolse la "Nueve"

Rue Bourgon

Rue Damesme à droite

Rue du Docteur Leray

Rue Dieulafoy

Rue remarquable, bordée de maisonnettes, typique du 13ème arrondissement.

Rue Henri Page à gauche

Place de l’Abbé Georges Henocque

L’ancienne place des Peupliers porte le nom du père Hénocque, prêtre Résistant qui fut enfermé à Fresne pour ses sermons antiallemands, puis déporté à Buchenwald juste avant la Libération de Paris, le 14 août 1944.
2 : Le fronton remarquable de la Mutuelle des Chemins de fer vaut qu’on y jette un coup d’œil.

Siège de la Mutuelle des Chemins de Fer ►

8 : C’est sur le trottoir devant l’hôpital des Peupliers que fut assassiné, le 20 septembre 1979, Pierre Goldman, frère de Jean-Jacques, par des truands marseillais commandités par le GAL, organisation espagnole terroriste d’extrême droite. Cette action fut revendiquée par un groupe s’intitulant "Honneur de la police".

Pierre Goldman ►
lors de son procès

Hors circuit, un peu au sud de cette place, la rue du Docteur Landouzy

Au 2 demeurait Robert Keller, du réseau Turma-Vengeance, ingénieur aux lignes souterraines à longue distance des PTT qui fournissait à la Résistance des renseignements précieux sur les communications allemandes pendant l’Occupation. Il fut arrêté ici, sur dénonciation, le 23 décembre 1942, et mourut du typhus à Bergen-Belsen.

Robert Keller

Rue de la Colonie

Passage Trubert Bellier

15 : Immeuble le Fleuron, demeure de Pierre Goldman, militant accusé du meurtre de deux pharmaciennes mais acquitté. Nous avons vu qu’il fut assassiné place Henocque.
13 : : Demeure de Gérard Conte, historien aussi sympathique qu’érudit du 13ème arrondissement, à qui le présent site doit énormément.
2 : Domicile de Jean-Paul Monteil, qui abrita un temps, en 1934, le siège et librairie de la "Muse Rouge", dont furent issus des artistes comme Noël-Noël, Pierre Dac, Marcel Pénitent, François-Henri Jolivet.

Affiche de la Muse Rouge ►

Rue Charles Fourier à droite

18 : La Mie de Pain, une association charitable fondée en 1891. Elle était soutenue par Charles Péguy.

Charles Péguy ►
à l’armée où il mourra dès le début de la guerre

Place de l’Abbé Georges Henocque

Rue des Peupliers

Elle longeait le cours de la Bièvre à son entrée dans Paris.

La Poterne des Peupliers ►
et la Bièvre à son entrée dans Paris

Rue du Moulin des Prés à gauche

70 : Square des Peupliers, un petit coin pavillonnaire bien sympathique du 13ème arrondissement, datant de 1926.
65 : C’est ici que se trouvait le moulin des Prés, le premier des 7 moulins à eau construits sur la Bièvre.
Une tradition locale apocryphe veut qu’à l’annonce par Adolphe Thiers, le 10 mars 1871, de la fin du moratoire sur les loyers en vigueur pendant le siège de Paris, un propriétaire venu réclamer les arriérés ait été dans cette rue cloué sur sa porte.

Rue du Moulin des Prés ►

Nous croisons la rue de Tolbiac

173 : Le 20 octobre 1915, l’explosion d’un atelier transformé en fabrique de grenades pour les besoins de la guerre, fit ici 43 morts et 97 blessés.

Continuons dans la rue du Moulin des Prés

Place Paul Verlaine

On oublie souvent que le poète, aussi génial que maudit, ne fut pas seulement le chantre des "sanglots longs des violons de l’Automne", mais qu’il sut aussi, exilé à Londres, mettre sa plume au service de l’Internationale.
La piscine Ernest Rousselle et les bains-douches municipaux profitent de la présence d’un puits artésien profond de 582 mètre creusé en 1903. Les bains-douches furent inaugurés le 26 juin 1909.

Tour du puits artésien de la Butte aux Cailles ►

La piscine date de 1924. Elle fut construite par l’architecte Louis Bonnier. C’était l’une des premières à Paris.

Piscine de la Butte aux Cailles ►

Rue de la Butte aux Cailles

On devrait en réalité écrire "Butte aux Caille", sans "s", puisque le nom de cette colline n’a rien à voir avec les oiseaux. Elle le tient d’une famille Caille qui était propriétaire des lieux. Mais nos édiles n’ont pas toujours des notions de toponymie bien affirmées ; ni d’Histoire d’ailleurs, comme nous le verrons plus loin à propos de la rue Paulin Méry...
À l’emplacement du petit square actuel se trouvait autrefois, face au n° 4, une maison de couleur rouge où s’installait le bourreau de Paris lors des exécutions capitales qui avaient lieu à la barrière St Jacques de 1832 à 1851.

Rue Jean-Marie Jégo

Rue Samson à gauche

33 : Demeure de François Aner, ouvrier terrassier arrivé en France en avril 1871, garde national au 101ème bataillon, arrêté le 28 mai sur la barricade de la Fontaine au Roy ; un des derniers combattants de la Commune.

Rue de la Butte aux Cailles à droite

12 : Emplacement probable du Moulin Vieux, à proximité duquel se posèrent Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes avec la Montgolfière lors de son premier vol libre comme nous l’avons vu plus haut.

L’atterrissage de Pilâtre de Rozier et d’Arlandes ►
plaque

Un moulin sur la Butte aux Cailles ►

18-20 : Café restaurant "Le Temps des Cerises", coopérative fondée en juin 1976, dans l’esprit de 1968. On y mange toujours très bien, dans un autre esprit.

Place de la Commune de Paris

Il n’y a malheureusement pas de lieu particulier où évoquer la résistance farouche des Fédérés, commandés par le général polonais Walery Wróblewski, sur la Butte aux Cailles le 25 mai 1871. Nous choisirons donc cette petite placette qui porte le nom de cet évènement fondamental pour le mouvement ouvrier international, célébré dans maints pays comme le premier gouvernement ouvrier de l’Histoire, mais totalement occultée ou vilipendée dans nos manuels scolaires nationaux jusqu’à une époque récente.
L’ironie de l’histoire — la petite, cette fois — veut que ce soit sous une municipalité bien marquée à droite, qui n’aurait certainement pas été en 1871 du bon côté des barricades, que ce nom lui ait été attribué le 19 avril 2000, à l’initiative de Jacques Toubon et sous la houlette de Jean Tibéri alors maire de Paris. Étonnant non ! aurait dit notre regretté Desproges...
Une suggestion à l’intention de nos édiles : la place de l’Hôtel de ville a bien porté le nom de place de "Grève" ; pourquoi ne prendrait-elle pas celui d’une révolution ?!...

Drapeau du 143ème bataillon Fédéré ►
Place de la Commune de Paris

Rue de l’Espérance

14 : Ancien local de l’Union ouvrière du 13ème, fédération en fait des 13ème et 5ème arrondissements, centrale d’achat de 8 coopératives de consommation en 1900.

Rue Michal à gauche

Rue Martin Bernard à gauche

Elle porte depuis 1883 le nom d’un révolutionnaire, membre de la Société des Familles puis de la Société des Saisons. Enfermé au Mont St Michel en 1839 avec Armand Barbès et Auguste Blanqui suite à la tentative d’insurrection des 12 et 13 mai contre la Monarchie de Juillet. Représentant du peuple après la révolution de 1848 qui l’avait libéré, Martin Bernard fut à nouveau condamné à la déportation en 1849 mais parvint à s’enfuir en Belgique puis en Angleterre. Il sera élu député de la Seine le 8 février 1871 et ne participera pas à la Commune mais tentera une impossible conciliation avec Versailles.

Martin Bernard ►

23 : Emplacement du cinéma le Tolbiac, où Marceau Pivert fit en janvier 1935 une conférence à partir de la projection d’un film sur une communauté de chômeurs berlinois.

Marceau Pivert ►

Rue de Pouy à droite

Rue Bobillot à droite

54 : Une autre antenne de la Mie de Pain, association charitable soutenue par Péguy dont nous avons parlé plus haut.

Rue de Tolbiac à droite

182 : Emplacement (sans certitude) d’un foyer végétalien anarco-libertaire fréquenté dans sa jeunesse, en 1927, par Léo Malet, l’auteur des "Nouveaux mystères de Paris", père du fameux Nestor Burma.
188 : La Bièvre passait sous les marches de l’église Ste Anne.

Léo Malet ►

Rue de la Providence à droite

Rue de l’Espérance à gauche

35 : Un immeuble typique du style Art déco.

Rue Guyton de Morveau

29 : Un autre immeuble intéressant, de style Art nouveau cette fois, dessiné par F. Gombeau.

Rue Bobillot à droite

92 : Studio où travaillait le cinéaste d’animation Paul Grimault, associé à Jacques Prévert pour les dialogues du "Roi et l’oiseau", de "la Bergère et le ramoneur" et du "Petit soldat".

Paul Grimaud ►
L’affiche du Roi et l’Oiseau

Place de Rungis

Nous laissons à droite la rue Barrault

84 : Emplacement de la boulangerie-biscuiterie, inaugurée le 16 décembre 1900, de la "Coopération socialiste" ; une association fondée par les Allemanistes, une des tendances réformistes du mouvement ouvrier de l’époque, dont faisaient partie Jean Allemane bien sûr, mais aussi Jean Baptiste Clément et Amilcare Cipriani.

Jean Baptiste Clément ►

Amilcare Cipriani ►

Nous laissons aussi à gauche la rue le la Fontaine à Mulard

Elle longeait le méandre que faisait la Bièvre pour contourner la Butte aux Cailles.
On y a découvert des outils datant du Moustérien et des dents de Mammouth.

Tout ce quartier fut un secteur très industriel et ouvrier, avec les usines Gnome et Rhône, Panhard et Levassor un peu plus loin… La population ouvrière est en partie restée dans les barres à loyer modéré, mais les entreprises ont fui depuis belle lurette, à la grande joie des promoteurs.

Fabrication d’obus chez Delahaye ►
Usine Panhard & Levassor

Rue Brillat-Savarin vers l’ouest

Elle aussi longe l’ancien cours de la Bièvre.
36 : Planque de Betka Brikner, alias Betka Weinraub, agent de liaison du comité directeur de la MOI pendant la dernière guerre. Elle fut repérée le 14 avril 1943 et filée par la 3ème section des Renseignements généraux. Livrée aux nazis, elle mourra en déportation.

Entre le 36 et le 54 s’étend la Cité Florale ; charmant ensemble pavillonnaire construit en 1929.
Nous pouvons y parcourir des rues au nom parfumé : rue des Orchidées, des Glycines, des Volubilis, des Iris…

Reprenons la rue Brillat-Savarin à droite

Rue Vergniaud

Nous sommes toujours sur l’ancien cours de la Bièvre.
82 : Une des nombreuses planques de Jacques Mesrine, alors en cavale. Il est arrêté ici par l’inspecteur Broussard le 28 septembre 1973.
34 : Siège du culte antoiniste à Paris. Une secte d’origine belge fondée en 1906 par Louis Antoine, un guérisseur charlatan selon lequel la mort n’existe pas. Et, contre toute logique, il y en a qui marchent !... Mais en dépit de ses allégations, Louis Antoine n’est plus là pour en profiter.
C’est au bout de la rue Vergniaud que ce trouvait le lieu-dit la Glacière, d’où partit l’aéronaute Gabriel Mangin sur le ballon Ville de Florence le 25 septembre 1870, emportant des lettres et des pigeons voyageurs pour le retour du courrier ; on venait d’inventer les microfilms. Ce fut le second départ de ballon postal destiné à passer le blocus prussien pendant le siège de Paris.

Gabriel Mangin, aéropostier ►
Transcription des microfilms reçus par pigeons voyageurs

Rue de Tolbiac à gauche

229 : Immeuble intéressant, typique du style Art déco précoce, construit en 1913.

Nous croisons la rue Wurtz

Elle a pris la place du bras mort de la Bièvre. On désignait en effet les bras de la rivière disparue en "Bièvre vive" et "Bièvre morte".

Médaillons sur l’ancien cours de la Bièvre ►
bras vif et bras mort

Nous laissons à gauche la rue de l’Amiral Mouchez

Léon Trotsky l’habita avec sa famille en 1915 à une adresse qui nous reste inconnue. Il était alors correspondant de guerre au journal Kievskaïa Mysl. Il rencontrait régulièrement Pierre Monatte et Alfred Rosmer.

Pierre Monatte ►
devant le siège de la CGTU, rue de la Grange aux Belles

Alfred Rosmer ►
avec sa compagne Marguerite Thevenet

Nous dépassons la rue de la Glacière

129 : Il y avait ici une salle où se tint une réunion politique publique à la fin du Second Empire.

Rue de la Santé à droite

127 : Emplacement du couvent de la Sainte-Agonie, dirigé pendant l’occupation par la mère Jean, sa supérieure. Il abrita la centrale du réseau Jade-Amicol du colonel Claude Arnould, dit Ollivier. Il organisa entre 1942 et 1944 un millier d’évasions, en liaison avec les services de renseignement britanniques.
C’est dans ce couvent que l’Intelligence Service, le MI 6, rencontra l’amiral Canaris, chef de l’Abwehr, au sujet des conditions de paix le 3 juin 1944.

L’amiral Wilhelm Canaris

Rue Boutin

Rue de la Glacière à gauche jusqu’au 89 puis retour

Elle tient son nom d’anciennes carrières transformées sous l’Empire en puits permettant de conserver la glace récoltée l’Hiver dans les étangs de la Bièvre.
85 : Emplacement de la demeure d’Émile Duval, membre du premier Comité central de la garde nationale Fédérée, général et membre de la Commune, assassiné froidement par les versaillais après avoir été capturé sur le plateau de Châtillon.
81 : Emplacement d’un restaurant fréquenté par les immigrés Russes, près d’un bureau de poste qui n’existe plus non plus. Un rassemblement s’y tint le jour de la déclaration de guerre, le 1er août 1914, pour décider de l’attitude à tenir par rapport au conflit.
C’est dans cette rue qu’habitèrent Ossip et Clara Zetkin, d’avril 1887 à 1890, après leur expulsion de la rue Flatters. Ossip, paralysé, mourut ici le 29 janvier 1889. Clara participa au congrès fondateur de la 2ème Internationale le 14 juillet 1889.

Clara Zetkin ►

Ossip Zetkin

Ils étaient voisins et amis de Charles Rappoport, qui était alors proche du Parti Ouvrier guesdiste.

Rue Daviel

10 : La Petite Alsace ; bel ensemble de logements sociaux dessinés par l’architecte Jean Walter, et construits en 1912 par la société "l’Habitation familiale". Il doit son nom au style des pavillons rappelant un peu les maisons de cette région de l’Est de la France.
La villa Daviel, en face, longeait le cours du bras supérieur de la Bièvre ; la Bièvre vive.

La Petite Alsace ►

Rue Barrault à gauche

22 : La Petite Russie est une sorte de coron construit vers 1910 sur le toit d’un garage à taxis par le propriétaire de celui-ci afin de loger ses chauffeurs, essentiellement des russes ayant fui le tsarisme après la révolution de 1905. Ils furent peut-être remplacés, en 1917, par des russes blancs émigrés après la Révolution d’Octobre 1917...

La Petite Russie ►

C’est dans cette rue que se trouvait le local des expéditions de la presse Bolchevique, sous la responsabilité de Riskine et Vladimir, les typographes de l’imprimerie du POSDR à Paris, après le départ de Lénine pour Cracovie en 1912.

Passage Barrault

Rue des Cinq Diamants à gauche jusqu’au n° 12, puis retour

46 : Siège de l’association "Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871", la plus ancienne des organisations du mouvement ouvrier de France, créée en 1882 par des Communards de retour d’exil.

Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 ►

12 : Vestiges probables d’un ancien moulin de la Butte aux Cailles.
À partir d’août 1942, et jusqu’en 1943, une imprimerie clandestine du PCF se trouvait dans cette rue, à une adresse que nous ne désespérons pas de retrouver. Elle était tenue par Émile Le Gaillard le typographe, Blot son assistant, et un militant prénommé Paul qui, arrêté et torturé, ne parla pas. Elle fut malgré tout démantelée par les brigades spéciales en même temps que quatre autres imprimeries du parti, à l’hiver 1943. Émile Le Gaillard fut déporté.

Rue Jonas à droite aller-retour, puis à gauche

C’est dans le petit square Auguste Blanqui — qui dominerait au bout de cette impasse le boulevard du même nom si la "promotion" immobilière n’avait interposé un des monstres architecturaux dont elle a le secret — qu’on apprécie le mieux la raison pour laquelle le général Walery Wróblewski fit de la Butte aux Cailles le principal bastion de résistance des Fédérés à l’avancée des Versaillais sur la rive gauche en mai 1871 ; sachant que la pente était presque aussi raide de l’autre côté de cette hauteur avant que le percement de la rue de Tolbiac ne vienne la niveler.

Walery Wróblewski ►

Rue Gérard à gauche

Rue du Moulin des Prés à droite

Rue Paulin Méry

Une des rues de Paris qu’il est urgent de débaptiser. Elle porte le nom d’un médecin devenu député, archi-réactionnaire. Bboulangiste d’abord, puis co-fondateur de la Ligue des patriotes de Paul Déroulède, il créa en 1894 un "Parti du travail" qui se voulait "nationaliste et socialiste" — ça ne vous rappelle rien ? —. Violemment xénophobe et antisémite, il s’engagea à fond dans le combat antidreyfusard. Nous proposons de rebaptiser cette voie "rue Walery Wróblewski" ; histoire de faire se retourner dans sa tombe ce Paulin Méry précurseur du fascisme ; ou bien "rue Gérard Conte", en l’honneur de cet historien du 13ème, d’autant plus émérite qu’"amateur"… "amoureux" de son arrondissement conviendrait mieux.
5 : Demeure de Cam Yu Tchen Chen, membre du PC Chinois, représentant de la 3ème Internationale à Paris en 1924. Son adresse était alors le 5 rue "Thiers"… Cette rue n’a décidément pas eu de chance dans l’attribution de ses noms.

Rue Bobillot à gauche

Place d’Italie

Fin de notre parcours

Le rève de Gérard Conte — de dos sur la photo — à la mémoire de qui cette balade est dédiée :
la Bièvre courant de nouveau rue Berbier du Mets ►
source film ARTE

Plan du cours de la Bièvre dans Paris


Tout commentaire, complément, correctif ; toute précision ou simple remarque... à propos de ce parcours, seront évidemment les bienvenus.

Contact : parisrevolutionnaire@gmail.com