BEAUBOURG, ARTS ET MÉTIERS, TEMPLE... L’ÉMERGENCE DE "LA SOCIALE"

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Mercredi 9 novembre 2011, par Webmestre // BEAUBOURG - ARTS ET MÉTIERS - TEMPLE


Bien difficile, aujourd’hui, d’imaginer l’entrelacs de ruelles enchevêtrées autour de l’ancienne voie romaine, prolongement sur la rive droite du Cardo de Lutèce, l’actuelle rue St Martin.
Victor Hugo lui-même aurait, en ce début du 21ème siècle, du mal à retrouver l’emplacement du cabaret Corinthe, ou celui de la barricade St Merry.

1830, 1832, 1834, 1839, 1848 à deux reprises — en février et en juin —, 1849… autant de dates marquées par des insurrections qui investirent ce quartier ; un des plus industrieux alors de la capitale. Des dates qui correspondent précisément à une période où émergeait, un demi-siècle à peine après la révolution bourgeoise de 1789, une nouvelle classe sociale à laquelle Arthur Desjardins donna en 1832 le nom de "Prolétariat".
Est-ce un hasard si les premiers bouleversements haussmanniens de la géographie parisienne s’effectuèrent dans ce secteur, avec le percement des rues Beaubourg et de Turbigo, débouchant sur la place, qui ne s’appelait pas encore "de la République", où l’on construisit la caserne du Prince Eugène ; abritant une garnison à usage de sécurité explicitement "intérieure".

C’est, bien sûr, le quartier où s’installent, à la fin du Second Empire, les premières organisations ouvrières, et en particulier l’Association Internationale des Travailleurs fondée à Londres en 1864.
Et c’est donc ce quartier que nous allons parcourir en évoquant ces événements qui ponctuèrent la naissance du Mouvement Ouvrier.

Place Georges Pompidou

Pas grand-chose à dire de cette place et du centre culturel qui la domine, tant décrié lors de sa construction. Il faut dire que celui dont il porte le nom n’a pas fait dans la dentelle en matière d’urbanisation-déshumanisation parisienne…
Toujours est-il que ces parages constituent un des lieux les plus vivants de la capitale ; une vie bien commerçante et touristique, mais "la vie". Foin donc de la nostalgie, il faut vivre avec son temps ; même s’il est bon parfois de voyager dans le passé afin d’en tirer des leçons pour le présent, et pour l’avenir…

Rue St Martin

C’est dans cette partie de la rue St Martin, "face la rue de Venise", qu’habitait Valentin Conrart. Il réunissait chez lui un certain nombre de littérateurs qui constituèrent le noyau de la future Académie française, fondée quelques années plus tard par Richelieu. L’histoire de cette institution a retenu que la première de ses "séances" aurait eu lieu ici le 22 février 1629.
On peut admirer au passage la belle fontaine Maubuée, survivante des temps anciens à l’angle de ce qui reste de l’étroite rue de Venise.

Rue Rambuteau à droite

De violents combats s’y déroulèrent, sur une barricade dont nous ignorons l’emplacement, en février 1848.
18 : Maxime Lisbonne, le "citoyen Lisbonne", revenu de déportation, transforma le 1er avril 1886 le théâtre des Folies Rambuteau en Taverne de la Révolution française. Les serveurs y étaient déguisés en sans-culottes. Le d’Artagnan de la Commune en fit bien d’autres du même tonneau...

Rue du Temple à gauche

60-62 : Emplacement de la première porte du Temple percée après coup dans l’enceinte de Philippe Auguste en 1288 et démolie en 1536.
60 : Emplacement du magasin "À la Belle Héloïse", où se connurent Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, futurs fondateurs de la Samaritaine.
62 : Le passage Ste Avoie suit précisément le tracé de l’enceinte de Philippe Auguste, construite en 1190.
Le connétable Anne de Montmorency y meurt, dans l’Hôtel de Mesmes, après le combat de St Denis contre les huguenots le 10 novembre 1567.
Son fils, le duc François de Montmorency, gouverneur de Paris, chef du parti modéré, démissionne 15 jours avant la St Barthélemy en 1572.
L’Hôtel de Mesmes deviendra plus tard le siège de la Banque générale de dépôt de change et d’escompte le 2 mai 1716.
69 : Vestiges d’une tour de l’enceinte de Philippe Auguste. Un vieux puits traverse la cave.
71 : Hôtel de Saint-Aignan, demeure de Claude de Mesmes, ministre des Finances de Louis XIV en 1641.
Il abritera le siège de la 7ème municipalité en 1795, puis la mairie du 7ème arrondissement de 1800 à 1823.
Ce sera par la suite, alors au 57 rue Ste Avoye, la demeure des frères Étienne et Louis-Antoine Garnier-Pagès, quartier général de la Commune centrale républicaine pendant les Trois glorieuses, le 27 juillet 1830.
77 : Demeure de Jean-Baptiste Bouchotte, ministre de la Guerre sous la Convention en 1791.
79 : Hôtel de Montmor, haut lieu de la science au 17ème siècle. Il sera en 1628 le théâtre de la controverse sur la circulation sanguine, entre "circulateurs" derrière William Harvey, et galianistes "anticirculateurs".
Gassendi y sera hébergé à la fin de sa vie par Henri-Louis Habert de Montmor, son ami et mécène, jusqu’à sa mort le 24 octobre 1655.
Lieu de culture aussi, où se rencontrent toutes les gloires de l’époque, de Mme de Sévigné à Molière qui y fera une lecture de son Tartuffe.
En 1871, l’Hôtel de Montmor sera un lieu de réunions pour les femmes de la Commune, dont Elisabeth Dmitrieff et Nathalie Le Mel, militantes de l’Association Internationale des Travailleurs.
82 : Emplacement de l’échelle de justice du Grand prieur du Temple, où l’on exposait les condamnés jusqu’à 1780.

Rue Michel le Comte à gauche

3 : Demeure de la famille Weil et port d’attache de leur fille Simone, de 1929 à 1940.
Ils y cachèrent Léon Trotsky, au 3ème étage, le 30 décembre 1933. Ce dernier, qui décidait à cette époque la création de la IVème Internationale, organisa ici des rencontres clandestines.
21 : Demeure de Jacques Lipa, militant PCF-MOI du groupe de Marcel Rajman. Il hébergeait une certaine Lucienne, dite la rouquine, qui allait le trahir et provoquer de nombreuses arrestations en 1942.
22 : Demeure, de 1784 à 1799, d’Edmond Dubois-Crancé, député Montagnard à la Convention, ministre de la Guerre sous le Directoire. C’est lui qui avait créé la Garde Nationale le 13 juillet 1789.
24 : C’est à cette adresse, et non au 21 comme l’indique un panneau erroné, qu’habitait la nourrice de Jean le Rond d’Alembert, Étiennette Gabrielle Ponthieux, mariée à M. Gérard puis au vitrier Rousseau, chez qui le futur encyclopédiste, abandonné par sa mère Mme de Tencin sur les marches de la chapelle Jean le Rond, fut placé en 1718. Il garda avec sa nourrice des liens étroits jusqu’à sa mort en 1783.
25 : Emplacement du jeu de paume de la Fontaine, transformé en théâtre comme beaucoup de ses semblables au début du 17ème siècle. Il est investi par la troupe de Guillaume Desgilberts, dit Mondory, qui vient de quitter le cul-de-sac Bertaut, ou Berthaud, en 1632. Théâtre éphémère, qui disparaît dans un incendie en 1634.
28 : Hôtel d’Hallwyll, construit par Nicolas Ledoux, siège de la banque Thélusson et demeure de Jacques Necker de 1757 à 1767. Sa femme tient un salon fréquenté entre autres par Grimm et les encyclopédistes. Leur fille Germaine y nait en 1766 ; elle épousera un certain M. de Staël…
Il subsiste une belle pompe à eau en plomb à gauche dans la cour.
35 : Ici se réunissait le club du Progrès démocratique, affilié à la Société des Droits de l’Homme, pendant la Révolution de 1848. Son président était un certain Fontaine.
36 : Là, une réunion politique publique eut lieu à la fin du Second Empire.
37 : Siège, en 1849 et 1850, de l’Union des Associations Ouvrières, rassemblant 104 associations sociales et professionnelles, et à laquelle appartenaient Jeanne Deroin, membre de l’Union communiste en 1847, Pauline Roland et Gustave Lefrançais, militant anarchiste, futur membre de la Commune à qui Eugène Pottier dédiera un poème intitulé "l’Internationale"…
C’est dans la rue Michel le Comte qu’habitait Charles Hotman, receveur de l’évêque de Paris, qui fonda en 1585 la "Sainte union", représentée par les Seize quarteniers de Paris, étroitement liée à la "Sainte Ligue".
Le nom de cette rue est à l’origine d’une vieille expression parisienne — on la fait remonter à 1806 — qui consiste à dire "ça f’ra la rue Michel" pour signifier "ça fera le compte".

Rue Beaubourg à gauche

Elle accueillit pendant la Révolution la Section de la rue Beaubourg, de 1790 à 1792, qui devint la Section de la Réunion de 1793 à 1795.
En 1834, elle fut l’épicentre de l’insurrection déclenchée par un "Comité secret des Droits de l’Homme" en solidarité avec celle des travailleurs Lyonnais. Nous reparlerons plus loin de la répression qui s’ensuivit et du massacre de la rue Transnonain.
54 : Demeure, en 1880 après son retour d’exil à Londres, d’Albert Theisz, ouvrier ciseleur sur bronze, un des premiers militants de l’Association Internationale des Travailleurs à Paris, membre de la Commune dont il fut le directeur des Postes, signataire du manifeste de la Minorité refusant la création d’un Comité de salut public.
44 : Emplacement de la demeure de Blaise Pascal, du 1er décembre 1651 à 1653.
40 : Emplacement en 1830 d’une des deux fabriques à Paris des célèbre chapeaux mécaniques hauts de forme appelés "gibus" ; toute une époque !
30-39 : Emplacement de la poterne Beaubourg, dite aussi Huydrelon, ou Hydrelon, ou Hydron — les parisiens, comme vous l’avez sans doute remarqué en consultant ce site, adorent déformer les noms — percée en 1270 dans l’enceinte de Philippe Auguste et détruite sous François 1er.
39 : Impasse Beaubourg, alors cul-de-sac des Anglais, dans lequel habitait Eugène Charles Jeanne, un des meneurs de l’insurrection de Juin 1832, connu pour sa bravoure sur la barricade de la rue St Merri, mais soupçonné d’avoir été un provocateur au profit des Carlistes, légitimistes partisans de Charles X et d’Henri V. Ces derniers auraient jeté de l’huile sur le feu de l’insurrection afin de déstabiliser la Monarchie de Juillet et de tirer les marrons du feu. On soupçonne en particulier la "Société Gauloise", à laquelle aurait appartenu Jeanne, d’avoir été à l’origine de l’apparition du drapeau rouge des Canuts, portant l’inscription "Vivre libre ou mourir", lors de cette insurrection. Ironie de l’Histoire qui voudrait que la première apparition à Paris de l’emblème du mouvement ouvrier ait été une provocation…

Impasse Berthaud aller-retour

Emplacement du jeu de paume du cul-de-sac Bertaud qui, comme beaucoup de ses congénères, avait été transformé en théâtre pour accueillir la troupe de Mondory. Ce dernier y créa en 1629 le "Mélite" de Pierre Corneille.
Le fond du passage abrite aujourd’hui le sympathique Musée de la Poupée.

Revenir sur ses pas dans la rue Beaubourg pour prendre le :

Passage du Maure à gauche

Rue Brantôme

Rue Bernard de Clairvaux

Rue St Martin à gauche

168-170 : Emplacement, depuis 1329, de l’hôpital et de la chapelle |St Julien des Ménétriers-> http://www.paris-pittoresque.com/ru...] — descendants des "ménestrels" — qui hébergeait une confrérie de musiciens dont on pouvait louer les services jusqu’en 1776.
168 : Maison natale, en 1808, de Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval ; ex 96 rue St Martin.

Passage Molière

Construit en 1791, il fut rebaptisé "passage des Sans-culottes" en 1793.
Le théâtre auquel il donnait accès prit les mêmes noms comme il se doit mais, n’en déplaise à ceux qui font durer la Révolution française jusqu’à 1814 — si, si, il y en a — il prit en 1807 celui de "Variétés étrangères". Les "incoyables" n’avaient pas gommé que le "R" de notre vocabulaire.
En 1848, il hébergea le Club patriotique du 7ème arrondissement, plus connu sous le nom de "Club du passage Molière". Un club qui participa activement à la journée du 15 mai 1848 et à l’insurrection de Juin.
Pierre-Jacques de Saint-Aulaire y ouvre un cours d’art dramatique que la jeune Elsa Félix, qui deviendra la grande Rachel, fréquente à l’âge de 14 ans en 1835.

Rue Quincampoix à droite

90 : C’est ici que se trouvait la cloche annonçant la fin des séances de la Bourse de Law, installée dans cette rue en 1718-1719. Le "Bossu" de Paul Féval illustre très bien l’ambiance qui régnait dans cette rue à l’époque de la Régence et de la folle aventure de la Compagnie du Mississipi
C’est également dans cette rue que Jean-Paul Marat installa son imprimerie clandestine alors qu’il était recherché après la fusillade du Champ de Mars, le 17 juillet 1791. Maximilien Robespierre, Jean-Baptiste Drouet, Choderlos de Laclos s’y rencontraient pour la diffusion du Journal des Jacobins.

Rue aux Ours à droite

Rien à voir avec les plantigrades, mais avec un palmipède beaucoup moins dangereux — encore que !... Une déformation bien parisienne de plus du nom de la rue aux "oues" ; autrement dit la rue aux oies.
Le jeune Auguste Blanqui y est blessé au cou lors d’une émeute contre Charles X à propos des élections, le 19 novembre 1827. C’était la première fois qu’on revoyait s’ériger des barricades dans la capitale depuis 1797.
8 : Emplacement du Palais des Fêtes, donnant également sur le 199 rue St Martin, où Armand Guerra organisa une présentation de son film sur la Commune de 1871, un des seuls qui aient jamais été réalisés ; projection à laquelle assistaient Jean Allemane, Zéphirin Camélinat et Nathalie Le Mel, le 18 mars 1914.
13 : Meier List, alias Markus, ancien d’Espagne, réorganisateur du bataillon juif de la MOI, est arrêté dans un bistrot où il mangeait régulièrement malgré les consignes, le 2 juillet 1943.

Rue St Martin à gauche

199 : Emplacement de la porte St Martin de l’enceinte de Philippe Auguste, construite vers 1190 et démolie en 1532.
Là se trouvait donc le Palais des Fêtes, fondé par Lucien Israël. C’était en 1912, en même temps qu’une salle de fêtes et de spectacles, le siège des éditions "La Chanson du peuple" liées au journal "La Guerre sociale".
S’y tenaient des réunions de la revue "Littérature" qui organisa, le 23 janvier 1920 dans le cadre des "vendredis" de Littérature, la première matinée du mouvement Dada. Étaient présents Louis Aragon, Tristan Tzara, André Breton
223 : Passage de l’Ancre, un des plus vieux de Paris, où se trouvait en 1637 la remise de ces voitures de location qu’avait inventées Nicolas Sauvage 20 ans plus tôt, qui prirent le nom de fiacres" en référence au saint que les cochers avaient pris pour protecteur et, du coup, à l’enseigne donnée par leur patron à son établissement. Ce furent les premières voitures publiques dans la capitale.
Là encore, comme en de nombreux carrefours parisiens, les lettres "St" ont été grattées du nom de la rue "Martin" pendant la Révolution.

Rue Chapon

Une barricade y fut dressée le 13 juin 1849 lors d’une insurrection contre la déclaration de guerre à la République Romaine par le "prince-président", Louis-Napoléon Bonaparte. 7 militants républicains furent tués dans les combats contre les troupes de celui qui allait bientôt devenir "Napoléon le petit".

Rue Beaubourg à droite

Les immeubles du 59 au 103 de la rue Beaubourg constituent ce qui reste de la rue Transnonain, effacée par l’aménagement de la voie, en 1854, dans le but explicite de casser ce "quartier des émeutes et des barricades".
81 : Emplacement de la boutique "Au Cotillon du Prolétariat", tenue par Henri Audouin en 1910. Un commerce dédié aux insignes et drapeaux du mouvement ouvrier.
79 : L’inscription "rue Transnonain" subsiste sur cet immeuble à l’angle de la rue Chapon. Dans cette dernière, sur l’autre face du même bâtiment, les lettres "St" ont été grattées en 1793 sur l’inscription gravée de l’ancienne rue "du Cimetière St Nicolas".
71 : Ancien hôtel Impérator, transformé en cantine de la Wehrmacht pendant l’Occupation. Pierre tourette y mène une action à la tête de deux groupes de Résistants des Bataillons de la Jeunesse et de l’Organisation spéciale du Parti Communiste Français le 14 décembre 1941.
62 : Emplacement du 12 rue Transnonain. Lors de l’insurrection du 14 avril 1834, une barricade avait été dressée dans ces parages. Sous prétexte qu’un coup de feu aurait été tiré de cet immeuble, la troupe du 25ème de ligne massacra tous ses habitants ; hommes, femmes, vieillards, enfants… Le ministre de l’Intérieur qui chapeautait cette répression après avoir joué les provocateurs s’appelait Adolphe Thiers ; eh oui, déjà ! Quant-au commandant des troupes, c’était le "brave" général Bugeaud, qui avait fait ses classes de spécialiste en massacres de populations civiles en Algérie. Il mérita ce jour-là le surnom moins connu de "boucher de la rue Transnonain"… Une célèbre lithographie d’Honoré Daumier illustre cet épisode barbare de notre Histoire. Il y en eut bien d’autres depuis…

Rue de Montmorency à gauche

Elle fut rebaptisée rue de la Réunion pendant la Révolution, de 1793 à 1806.
Comme toutes les rues du quartier, elle fut le théâtre de combats lors de l’insurrection de 1834.
51 : Demeure de Nicolas Flamel et de dame Pernelle, sa femme. Elle est réputée être la plus vieille maison de Paris, construite en 1407 pour ce couple de philanthropes à qui une légende tenace attribue la découverte de la pierre philosophale. Les légendes parisiennes ont la vie dure ; et c’est quelque-part tant mieux. N’est-ce pas aussi cela qui fait le charme d’une ville ?...
10 : Librairie et imprimerie de la Ruche ouvrière, tenue entre 1948 et 1972 par Yervant Aprahamiantz, dit Monsieur Jean, libraire anarchiste.
8 : Emplacement de la demeure de la marquise de Sévigné, dans ce qui était alors la rue Courteauvilain, en 1676 et 1677.
5-7 : Hôtel construit pour le connétable de Montmorency ; demeure de Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV qui eut le destin que l’on sait, de 1651 à 1658.

Rue du Temple à gauche

Rue Chapon

4 : Demeure présumée de Jean Bart, corsaire de Louis XIV, qui n’habita en fait jamais ici.
10 : Imprimerie clandestine, dès 1940, de plusieurs journaux de la Résistance, dont "Libération-Nord" ; dirigée par Henri Chevessier qui fut déporté et mourut Buchenwald.
19 : Emplacement du second siège de l’AIT, du 12 mars 1868 à 1869. Eugène Varlin avait remplacé Henri Tolain en février à la tête de la section parisienne. Elle éditait un journal : La Tribune ouvrière.

Passage des Gravilliers

Rue des Gravilliers à gauche

Ici aussi sera dressée une barricade lors de l’insurrection du 13 juin 1849 contre l’intervention française aux côtés du pape contre la jeune République Romaine.
26 : Le pittoresque passage Alombert, sympathique vestige de ce quartier industrieux, communique avec la rue au Maire.
29 : Siège de la coopérative ouvrière "l’Économie parisienne", qui participa à la fusion de 1919 dans la Fédération des coopératives de la Région parisienne.
44 : Premier siège de l’Association Internationale des Travailleurs à Paris, installée à partir du 8 janvier 1865 au fond de la cour à gauche dans l’ancienne écurie de Charles de Baatz-Castelmore d’Artagnan, qui aurait habité là deux siècles auparavant. Un local loué par le décorateur Ernest-Édouard Fribourg. Zéphirin Camélinat, ouvrier bronzier alors proudhonien convaincu, futur membre de la Commune, qui habite dans l’immeuble sur rue, est l’un de ses membres fondateurs. L’AIT est alors dirigée par Henri Tolain, Charles Limousin et Joseph Perrachon.
La section française de la Première Internationale, comme on allait bientôt la désigner, restera dans ce local exigu jusqu’aux poursuites de février 1868 qui entraîneront la démission de sa direction "mutuelliste" de tendance proudhonienne, et son interdiction. C’est Eugène Varlin qui va alors militer pour sa reconstitution et en prendre la tête avec Benoît Malon et une nouvelle génération de militants, lui donnant une orientation dite "collectiviste", plus politique et révolutionnaire ; on ne parle pas encore de "marxisme".
71 : Atelier de Monsieur Levèque, fabricant de petits bronzes, second lieu d’apprentissage de Rémy-Zéphirin Camélinat, en 1865. Il deviendra un compagnon bronzier de renommée, non seulement pour la qualité de son travail qui le fera appeler pour la construction de l’Opéra Garnier et celle de l’Hôtel de la Païva sur les Champs Élysées, mais aussi pour ses talents d’organisateur ; il sera avec Albert Theisz, autre futur membre de la Commune, l’instigateur d’une des plus importantes grèves de la fin du Second Empire, celle des ouvriers bronziers. C’est de lui qu’il est question dans une chanson populaire de 1880, écrite par Maurice Mac-Nab et composée par Camille Baron, "le Grand métingue du Métropolitain" : "Y’avait Basly, le mineur indomptable, Camélinat, l’orgueil du pays"... ou du parti, selon les versions.
88 : Cachette des complices du complot de Georges Cadoudal contre Bonaparte. Ils seront arrêtés ici le 4 mars 1804.

Rue de Turbigo à droite

Rue au Maire à droite

Autre rue où fut dressée ne barricade le 13 juin 1849.
19 : Planque du poète et Résistant arménien Missak Manouchian, chef du groupe FTP-MOI dit de l’Affiche rouge. Une plaque apposée sur la façade rend hommage aux membres de son organisation exécutés avec lui au Mont Valérien le 21 février 1944 et à Olga Bancic, décapitée à la hache en Allemagne le 10 mai de la même année.
14 : Demeure de Raymonde Royal, jeune militante du PCF, responsable de la propagande pour le 10ème arrondissement pendant l’Occupation nazie, arrêtée avec sa mère le 11 mai 1942, mortes toutes deux à Auschwitz.
4 : Emplacement de l’école de la rue "Aumaire", où Henri Tolain réunit 400 à 500 délégués ouvriers le 5 septembre 1870, lendemain de la proclamation de la Troisième République, pour décider la création de Comités républicains de vigilance et d’un Comité central des 20 arrondissements.

Rue des Vertus à gauche

8 : Demeure d’Auguste Viard, membre du premier Comité central de la Garde nationale en 1871.

Rue Réaumur à gauche

Rue Volta

3 : Maison à colombages que l’on a cru longtemps être de 1292, ce qui en faisait la plus ancienne de Paris, jusqu’à ce que l’on s’aperçoive qu’il s’agissait en fait d’un pastiche de demeure moyenâgeuse construit en 1644.
18 : Demeure de Michel Zévaco, militant anarchiste et auteur de nombreux romans historiques, dont la série des "Pardaillan", au sortir de l’armée en 1888.
22 : Demeure et atelier du père Reuss, fabricant de tubes en cuivre, dont la femme était native de Mailly la Ville, et donc "payse" de Zéphirin Camélinat. Elle aida ce dernier à s’instruire à son arrivée dans la capitale en 1856.
24 : Siège du club de la Montagne, créé en mars 1848, chez un marchand de vins de ce qui était alors la rue Frépillon. L’abbé Constant en était le président, Legallois le vice-président et Mme Constant la secrétaire. C’était un club très "radical". Il y fut question de "faire bouillir le sang des aristos... pour nourrir les prolétaires affamés"…

Rue de Turbigo à gauche

50 : Siège de la Direction des affaires de réquisition et d’occupation (DRO) pendant l’Occupation, dirigée par un certain Berthet, travaillant à la préfecture de police... 38 à 40 000 appartements furent réquisitionnés dans Paris pour le compte des nazis entre le 9 avril 1941 et la Libération d’août 1944.
53 : Une barricade érigée face aux Arts et Métiers est le théâtre d’âpres combats le 25 mai 1871, pendant la Semaine sanglante.
57 : Remarquez sur la façade de cet immeuble la plus grande caryatide de Paris, que certains désignent comme "l’ange du bizarre", peut-être en référence à la nouvelle d’Edgar Allan Poe traduite par Charles Baudelaire.

Rue Bailly

7 : Une tour du prieuré St Martin des Champs, construit en 1250, sert d’escalier à cet immeuble situé dans l’angle de la rue en "L" qui suit le contour de l’ancienne enceinte.

Rue Réaumur à gauche

Rue St Martin à droite

241 : Au carrefour que fait celle-ci avec la rue au Maire se trouvait autrefois l’échelle de Justice du prieuré St Martin.
252 bis : Église St Nicolas des Champs. Le 30 septembre 1790, la foule attend à la sortie de la messe, au cri de "à bas la calotte", le curé qui avait eu la mauvaise idée de renvoyer un chantre progressiste.
À sa place, c’est Jacques Roux, un "curé rouge", qui est nommé vicaire en 1791.
L’église est consacrée Temple de l’Hymen et de la Fidélité par décret du 2 prairial an III (21 mai 1795). Elle le restera jusqu’au 27 octobre 1798.
Le 6 mai 1871, une réunion organisée par le Club Nicolas des Champs s’y tient à l’initiative de Paule Minck, pour une tentative de fédération des clubs révolutionnaires. Elle n’aura pas de suites, et pour cause ; 15 jours plus tard les versaillais entraient dans Paris...
Une batterie de canons fut positionnée sur le parvis de l’église le 6 juin 1832. C’était la première fois à Paris qu’on les utilisait contre une barricade, en l’occurrence celle de la rue St Merry. La scène est décrite par Balzac dans ses "Illusions perdues".
261 : Une barricade encore, dressée ici face au Conservatoire des Arts et Métiers, fut l’épicentre de l’insurrection avortée du 13 juin 1849 dont nous avons déjà parlé, tentée par Ledru-Rollin, contre la déclaration de guerre à la République Romaine en défense de la papauté.
292 : Un oratoire fut construit sur le lieu du supposé miracle de St Martin de Tours qui, de passage à Lutèce au retour de Trèves, aurait guéri un lépreux en 385.
Il fut remplacé vers 1140 par l’église actuelle, une des plus anciennes de Paris, la première à comporter des voutes en ogive. Elle sert aujourd’hui de salle d’exposition pour le musée national des Arts et Métiers. Le réfectoire de l’abbaye quant-à lui abrite la bibliothèque du CNAM.
Du 21 mai 1790 à 1795, la "ci-devant église St Martin des Champs" accueillit la Section des Gravilliers et les réunions de la Société des Amis de la liberté et de l’humanité. Une section particulièrement active, animée par Jacques Roux, un des premiers prêtres à avoir signé la Constitution civile du clergé, auteur du "Manifeste des Enragés".
Après la déclaration de la "Patrie en danger", le 11 juillet 1792, le "ci-devant prieuré royal" fut transformé en manufacture d’armes.
Il est affecté par la Convention, sur proposition de l’abbé Grégoire, au Conservatoire des Arts et Métiers le 10 octobre 1794. L’installation se fait le 10 juin 1798. Champagny y crée la fameuse École.
La première ascension véritablement scientifique en ballon libre effectuée au monde par Jean-Baptiste Biot et Gay-Lussac aura lieu ici le 20 août 1804.
En mars 1848, le Club central de la Société des Droits de l’homme s’y installe. Elle regroupe Armand Barbès, Villain, Napoléon Lebon, Chipron, Aloysius Huber, Baillet, Francart, Danduran. Il aura de nombreuses succursales.
Karl Marx, invité à Paris par Ferdinand Flocon — membre du gouvernement provisoire — y prend la parole le jour-même de son arrivée dans la capitale, le 5 mars 1848, venant de Bruxelles d’où il vient d’être expulsé.
Lors de l’insurrection ratée du 13 juin 1849, ses organisateurs néo-montagnards, Ledru-Rollin, Victor Considerant, Félix Pyat, Martin Nadaud, Maigne, Lamazière, Fargin, Fayolle, Pilhes, Boch, Deville, Vauthier… se réunissent dans l’amphithéâtre du Conservatoire des Arts et Métiers pour constituer une Convention nationale. La troupe commandée par le général Changarnier intervient ; c’est la débandade. Certains parviennent à s’enfuir mais doivent s’exiler en Angleterre.
Camélinat y suit des cours le soir, pendant son apprentissage chez le père Reuss, en 1856.
271 : C’est dans le passage du Cheval rouge, alors à l’emplacement de la rue Salomon de Cau, que Lacenaire et son complice Pierre-Victor Avril assassinent Chardon, dit Tante Madeleine, 14 décembre 1834.
292 : Une tour bien conservée, datant de 1140, de l’enceinte du prieuré St Martin des Champs, important monastère clunisien, servit de prison aux moines. Elle fut sauvée des griffes d’un démolisseur en 1880 par Victor Hugo qui écrivit à cette occasion un de ses vers, sinon le plus beau du moins le plus "tranché" : "démolir la tour, non, l’architecte, oui !". En faisant quelques pas dans la rue du Vertbois, on peut apercevoir un pan du mur d’enceinte crénelé de l’ancien prieuré.
Dans cette prison devenue royale, on enfermait entre 1719 et 1785 les "filles publiques", avant de les déporter en Louisiane pour les marier de force aux nouveaux colons, eux-mêmes rarement volontaires.
320 : Siège du journal anarchiste antimilitariste "Le Réfractaire", tenu en 1971 par Louis Lecoin et Marie-Jeanne, dite May Picqueray.
325 : Siège, construit en 1921, de "L’avenir du Prolétariat", première société mutuelle d’assurance, fondée en 1898.
353 : Emplacement de la porte St Martin de l’enceinte de Charles V, construite en 1383, démolie en 1650.

Rue Meslay

C’était, entre 1364 et 1696, une section du chemin de ronde des remparts de Charles V.
Mary Wollstonecraft, féministe anglaise liée aux Girondins, amie de Condorcet et de Manon Roland, auteure de "Défense des droits de la femme", y demeura entre 1792 et 1794.
63 : Demeure du général François-Joseph Westermann, qui participa à la prise des Tuileries, mais se rendit surtout célèbre par ses atrocités dans la répression de la Vendée dont il se vanta en ces termes : "Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé".
57 : Emplacement de l’usine Jacob, ex 77 rue Meslée ; la plus importante fabrique de meubles de l’époque, qui employait 350 ouvriers. Elle fit faillite le 15 octobre 1813.
46 : Ex 15 rue Meslée. Maison natale, le 1er juillet 1804, d’Aurore Dupin qui se ferait appeler quelques années plus tard George Sand.
36 : Maison natale de Georges Méliès, le 8 décembre 1861, passage des Orgues.

Passage Meslay aller-retour

Passage typique du quartier, construit en 1887.

Reprendre la rue Meslay à gauche

15 : Demeure de l’actrice Marie Dorval, célèbre interprète des personnages de Dumas père. Le soir de la première d’"Antony", le 3 mai 1831, le public la raccompagne jusque chez elle. C’est l’apogée du mélodrame romantique.
14 : Bureau d’enrôlement des "Vésuviennes", alors 14 rue Ste Appoline. En mars 1848, un certain Borme avait placardé dans Paris un appel d’enrôlement d’une cohorte féminine. Son canular prit un tour sérieux car un certain nombre de femmes répondirent à cet appel et prirent très mal, à juste titre, cette provocation. La révolution de 1848 voyait la première apparition collective des femmes dans la vie politique organisée.
7 bis : Siège de la Fédération de la Seine de la SFIO, librairie fédérale et coopérative de production et de distribution de films "l’Équipe".
2 : C’est devant cet immeuble qu’Yves Toudic, militant du PCF et dirigeant du syndicat CGT du Bâtiment, est abattu par les Brigades spéciales de la préfecture de police au service des nazis, le 14 juillet 1944.

Rue du Temple à droite

207 : Emplacement de la seconde porte du Temple, celle de l’enceinte de Charles V, de 1364 à 1678.
199 : Emplacement de l’église du couvent des pères de Nazareth, siège de la Section du Temple, dirigée par Nicolas Naudin, Jean-Baptiste Talbot et Figuet à partir du 21 mai 1790.
À l’angle de la rue de Turbigo, ne nous lassons pas d’admirer la bouche de métro art-nouveau dessinée par Hector Guimard. Celle-ci date de 1904.
195 : L’église Ste Elisabeth de Hongrie fut une succursale du Club St Nicolas des Champs pendant la Commune en 1871.
Un repère de nivellement de la ville de Paris se trouve sur sa façade.

Rue de Turbigo

97 : Demeure d’Ély May, intendant de la Commune de 1871.
85 : Une des planques de Joseph Boczor ou Boczov, chef du 4ème détachement FTP-MOI dit des dérailleurs en 1943. Il fera partie des fusillés de l’Affiche rouge.
75 : Maison natale, le 11 janvier 1907, de Pierre Mendès France, futur Président du Conseil SFIO.
69 : École Turgot, aujourd’hui lycée Turgot, où Rémy-Zéphirin Camélinat suit les cours parallèlement à son apprentissage en 1856 ; entre autres des cours d’anglais qui lui permettront d’aller travailler jusqu’en Angleterre, tant sa renommée de compagnon bronzier était grande.
Il s’y installe, le 27 novembre 1870, un Club de la Solidarité, animé par la Ligue républicaine de Défense nationale à outrance, dont font partie Théodore Sapia, Charles Beslay, Édouard Vaillant, Constant Martin, Eugène Chatelain, Napias-Piquet
En 1871 la Commission de l’Enseignement du Conseil de la Commune siège à l’école Turgot. Il y est créée par Joanny Rama, Henri Bellenger et Édouard Vaillant->http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89...] "l’Éducation nouvelle", une société qui prône l’éducation gratuite obligatoire laïque et intégrale.

Rue Ste Elisabeth

Une école communale qui se trouvait alors dans cette rue abrita en avril 1848 le Club républicain socialiste du 6ème arrondissement, annexe du Club central de la Société des Droits de l’Homme.
Il connut en mai une scission qui donna le Club pacifique des Droits de l’homme, dirigé par Pelin, rédacteur en chef du journal "Les Boulets rouges". Ce club fut très actif en Juin 1848. 12 : Emplacement de l’école normale de chant de la ville de Paris où professa Charles Gounod.

Rue des Fontaines du Temple à gauche

12 : Emplacement de l’entrée du couvent des Madelonnettes, créé en 1620 pour les prostituées repenties. Un pan de mur subsiste au n° 6 de la rue.
Il fut transformé en prison pendant la Terreur puis transformé en maison d’arrêt.
Le marquis de Sade y fut interné en décembre 1793.
En 1862, c’est Auguste Poulet-Malassis, l’éditeur de Baudelaire, qui y fut incarcéré pour dettes après avoir fait faillite. Quelle idée, aussi, de se spécialiser dans l’édition de poètes marginaux et licencieux !...

Rue du Temple à droite

Traverser le square du Temple

Il a été aménagé sur l’emplacement de l’enclos édifié à partir des années 1140 par l’ordre militaire des Templiers. Pour des raisons que nous verrons plus loin, il ne reste pas une pierre de cet édifice. C’est dans son enceinte que se trouvait la fameuse tour du Temple dans laquelle furent enfermés Louis XVI et sa famille en 1792. Elle se situerait aujourd’hui à cheval sur la partie gauche de la façade de la mairie du 3ème arrondissement. Le prieuré proprement dit était à l’angle de l’actuelle rue de Bretagne.
Le 30 décembre 1306, Jacques de Molay, grand maître de l’ordre, donne ici asile à Philippe le Bel lors d’une émeute qui le menaçait. On sait comment il en sera remercié… Il sera arrêté l’année suivante avec 140 chevaliers et brûlé vif le 18 mars 1314.
En 1594, le prieuré est offert aux bâtards royaux. S’ils y logeaient tous, les pauvres devaient être un peu à l’étroit…
Sous la Régence il s’y organisa, sous l’égide de Philippe de Vendôme, des orgies mémorables dont serait peut-être issue l’expression "boire comme un Templier". Celle-ci ne ferait donc pas référence aux bâtisseurs de l’établissement — auxquels on a imputé par ailleurs tant de turpitudes — mais aux compagnons de beuveries de Jean de La Fontaine et de Ninon de Lenclos, entre autres, que l’on désignait de la sorte. Le lieu était si bien fréquenté qu’un certain nombre de brigands ont pu s’y tenir à l’abri de la justice royale.
Jean-Jacques Rousseau y fit un bref séjour chez le prince de Conti et la comtesse de Boufflers en 1765.
Fouquier-Tinville, l’Accusateur public du Tribunal révolutionnaire, habita dans une maison de cet enclos.
Par décret du 16 mars 1808, Napoléon 1er décida de raser le Temple afin d’éviter qu’il ne devienne un lieu de pèlerinage royaliste. Le donjon disparut en 1811, mais le prieuré ne fut détruit que par le "petit" neveu Badinguet en 1854.
En avril 1848, la salle qui subsistait encore fut occupée par le Club du Temple, club révolutionnaire présidé par Larrabure, et dont Picque était secrétaire.
169 : Demeure de Courty, président de la commission de la Fédération de la Garde nationale, chez qui se tint le 19 février 1871 une réunion de préparation des statuts de ladite Fédération.
168 : Ancien siège des "Éditions Sociales", puis de "La Pensée".
166 : Demeure de Jules Vallez, dit Jules Vallès, à son retour d’exil en 1880.
165 : Emplacement présumé du cabaret "Au Charriot d’Or", tenu par Pierre Carlier, fréquenté par Louis-Dominique Bourguignon alias Cartouche et sa bande en 1719. Le surnom du célèbre brigand était la déformation du nom de son père, Jean Garthauszien, qui avait été un mercenaire allemand des armées de Louis XIV.

Traverser le square du Temple

Rue Eugène Spuller à gauche

2 : Emplacement de la tour du Temple, encore appelée tour de César. C’est ici que furent arrêtés Jacques de Molay et nombre de templiers le vendredi 13 octobre 1307. En même temps que leur liberté, eux si puissants la veille voyaient confisquer tous les biens de leur ordre. Cet événement serait à l’origine de la fameuse superstition à propos du vendredi 13.
Le donjon fut transformé en prison pour les personnalités. Enguerrand de Marigny, condamné pour dilapidation, y fut enfermé en 1315 avant d’être pendu.
Et c’est là, bien sûr, que furent enfermés Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants, le 13 août 1792. Il fallut construire un mur pour mieux les isoler. C’est le fameux Palloy, le démolisseur de la Bastille, qui se chargea du chantier ; "faire et défaire, c’est toujours travailler" !...
Cela n’empêcha pas les "septembriseurs" de venir présenter à Marie-Antoinette la tête décapitée de la princesse de Lamballe.
C’est là également, au pied de la tour, que l’on vint notifier très officiellement à Louis Capet l’abolition de la royauté, le 21 septembre 1792.
Est-ce ici, par contre, que serait survenue la mort du jeune Louis XVII, confié à la garde du cordonnier Simon, le 8 juin 1795 ? De multiples controverses subsistent à ce sujet. Les dernières analyses génétiques semblent en tout cas le confirmer.
Ce qui est certain par contre, c’est que Marie-Thérèse-Charlotte, la fille, fut échangée avec les Autrichiens contre les Conventionnels livrés à l’ennemi suite à la traîtrise de Dumouriez, dont le fameux Jean-Baptiste Drouet, le 18 décembre 1795.
Les membres de la Conjuration des Égaux, Gracchus Babeuf, Augustin Darthé, Philippe Buonarroti, Sylvain Maréchal, Pierre Dolivier… furent à leur tour enfermés en ce lieu le 10 mai 1796.
Toussaint Louverture y fut incarcéré en juillet 1802 avant son transfert au fort de Joux, où le restaurateur de l’esclavage que d’aucuns considèrent comme "notre" grand homme, j’ai nommé Napoléon 1er, fit mourir à petit feu ce héros de la négritude.
Le général Pichegru, compromis dans le complot de Cadoudal contre le même Bonaparte, s’y suicide dans sa cellule le 6 avril 1804.

2 : Sur l’emplacement de la tour se trouve donc aujourd’hui la mairie du 3ème arrondissement.
Le 28 janvier 1871, jour de la capitulation devant les prussiens, des officiers de la Garde nationale rassemblés y proposent d’attaquer. Leur appel ne sera pas suivi d’effet.
Le 28 février à nouveau, 33 chefs de bataillons et délégués de comités s’y rencontrent autour de Jules Bergeret pour appeler à s’opposer à l’entrée des troupes ennemies dans Paris.
Il s’y tient, le 19 mars, une réunion des élus de la capitale que les blanquistes voulaient faire arrêter.
De 1942 à 1944, Odette Pilpoul, employée de mairie, membre du mouvement "Résistance", fournit tickets de rationnement et papiers d’identité à son groupe qui organise, avec Jacques Destrée, André Lafargue, Paul Steiner, Yvette Gouineau, un réseau d’aide aux juifs et aux réfractaires du STO. Elle sera prise et déportée à Ravensbrück. Un de ces milliers d’actes anonymes de bravoure au quotidien pendant l’Occupation.

4 : Marché du Temple, dans lequel de nombreux Communards furent massacrés le 25 mai 1871, pendant la Semaine sanglante.
C’est là que s’est tenue la première Foire de Paris, avec 500 stands, le 17 mars 1904.

Rue Dupetit Thouars à gauche

12 : Planque de Guta Eismer, combattante FTP-MOI de la section juive du PCF, agent de liaison pour un réseau de faux papiers ; morte en déportation en juillet 1943.
10 : Salle de spectacles dans laquelle se produisit la troupe de la Muse Rouge en décembre 1918.

Cité Dupetit Thouars

Juste un aller-retour pour un coup d’œil dans ce sympathique passage hors du temps et des tumultes de la ville.

Rue Dupetit Thouars à gauche

Rue de la Corderie à gauche

14 : Un des hauts lieux du mouvement ouvrier en France.
Ce fut d’abord, dans les années 1850, le Bal Montier, alors 6 place de la Corderie du Temple, au 1er étage. Dans ce local répétaient trois sociétés chantantes ouvrières, dont celle des "Enfants du Temple", animée par un certain Dalès aîné. Elles rassemblaient des chansonniers prolétaires qui avaient nom Auguste Alais, Eugène Baillet, Charles Colmance, Charles Gilles, Gustave Leroy, Victor Rabineau… Charles Colmance, par exemple, interprétait "Le chant de l’Arabe", chanson anticolonialiste composée après l’agression de l’Algérie par l’impérialisme français.
En 1869 s’y installe la Chambre fédérale des sociétés ouvrières, dirigée par des membres de l’Association Internationale des Travailleurs, dont Eugène Varlin et Albert Theisz. Elle se donne, le 6 février, un journal, "La Voix du Peuple", animé par Augustin Avrial, Lévy, Piconel, Henry, Jacques Durand.
L’AIT elle-même, qu’on appelle déjà "l’Internationale", y installe le siège de sa Fédération parisienne au 3ème étage la même année. Ses statuts ont été adoptés par 1200 délégués.
Le 4 septembre, jour de la proclamation de la Troisième République, elle publie une adresse au peuple Allemand l’invitant à la paix.
Un Comité central provisoire républicain y est créé dès le 5 avec les Blanquistes. Il sera proclamé le 17 et deviendra "Comité central révolutionnaire".
Parallèlement est créé le 11 septembre le Comité central de Défense nationale des Vingt arrondissements de Paris, constitué de deux représentants des Comités de vigilance de chaque quartier.
Le 15 est rédigé par Longuet, Malon, Lefrançais, Vallès, Ranvier, Millière, Pindy, Gaillard… en tout 48 délégués, un texte énonçant les revendications populaires. Affiché dans Paris, ce sera la première "Affiche rouge".
Le 6 janvier 1871, est éditée par le Comité central révolutionnaire une seconde "affiche rouge" réclamant la Commune et la poursuite de la guerre.
Le 16 février, c’est d’ici que partira le signal du déclenchement d’un processus qui aboutira, après le coup de force d’Adolphe Thiers du 18 mars suivant, à la proclamation de la Commune.
Du 6 au 16 mars, le Comité central de la Garde Nationale s’y installe provisoirement, avant d’aller s’établir au Louvre tout d’abord, puis rue Basfroi.
Le 11 avril, le Conseil fédéral de l’AIT exclut Henri Tolain, un de ses fondateurs qui, élu député, s’est rallié au gouvernement versaillais.
Le 20 mai, une réunion de l’AIT présidée par André Bastelica se tient pour demander à ses membres de rendre des comptes sur leur retrait du Conseil de la Commune suite à la création du Comité de salut public. Les Internationaux s’étaient divisés sur cette question. La plupart, dont Theisz, Avrial, Serraillier, Fränkel, Ostyn, Varlin… avaient voté contre, ce qui apparaissait comme la position juste. Cependant on leur reproche d’avoir scissionné après avoir été mis en minorité, et on leur demande de réintégrer leurs postes. Jacques Durand, qui avait voté avec la majorité, fait quant-à lui son autocritique. Le lendemain, les versaillais entraient dans Paris…

Le 3 décembre 1911, c’est d’ici que part le cortège funéraire de Paul Lafargue et Laura Marx vers le Père Lachaise où ils sont inhumés. Sont présents Alexandra Kollontaï et Lénine qui prononce en français leur éloge funèbre.

Rue de la Franche-Comté

Place Olympe de Gouges

Rue Béranger

5 : Hôtel de la Haye, où meurt le chansonnier populaire anti-royaliste et nationaliste Pierre Jean de Béranger le 16 juillet 1857.
7 : Emplacement de l’Hôtel de l’Intendance, demeure, en tant qu’intendant de la généralité de Paris, Louis Bénigne Bertier de Sauvigny, massacré le 22 juillet 1789 car soupçonné de détournements, en compagnie de son beau-père Joseph François Foullon.
10 : Demeure en 1824 de Frédérick Lemaître, célèbre pour sa création du personnage de Robert Macaire dans la pièce de Dumas, campé par Pierre Brasseur dans les "Enfants du Paradis".
11 : Emplacement de l’ancienne mairie du 3ème arrondissement, où fut créée en août 1861, par des professeurs de l’école Turgot, la "Bibliothèque des Amis de l’Instruction", fréquentée par les ouvriers du quartier du Temple, dont Albert Theisz, ciseleur sur bronze, futur membre de la Commune.
14  : Emplacement de la joaillerie de Bœhmer et Bassanges, les fournisseurs du collier de la reine qui déclencha en 1785 un scandale qui ne serait pas pour rien dans le discrédit de la famille royale. On dit Marie-Antoinette innocente. Pas, en tout cas, d’avoir été susceptible de se faire offrir de tels bijoux pendant que le peuple avait faim…
Emplacement du plus beau jeu de paume de Paris qui, comme tant de ses semblables, fut transformé en théâtre en 1786. C’est le théâtre Déjazet, le dernier survivant du boulevard du Crime.
C’est dans la rue Béranger que Willy Schapiro, militant PCF, membre de la MOI spécialisé dans les sabotages en atelier avait sa planque au printemps 1942.

Passage Vendôme

Construit en 1827et rénové par Soty en 1869.

Place de la République

Fin du parcours


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